10/09/2016

Influence de l'abondance de la nourriture sur la reproduction du Pigeon de ville

Food shortage affects reproduction of Feral Pigeons Columba livia at rearing of nestlings
BIRTE STOCK* & DANIEL HAAG-WACKERNAGEL
Ibis (2016), 158, 776–783

Introduction

- Problèmes causés par l'espèce : 4-11 kg feces/pigeon/an; 23,7-33,5 euros de dommages/pigeon/an

- Qq données biologiques :
-> le poids du poussin est multiplié par 22 durant les 3 premières semaines ( record absolu chez les espèces animales étudiées !) grâce au "lait" végétal produit par le jabot des parents.
-> un adulte pendant la phase de nourrissage consomme 2,43 fois plus qu'un adulte hors reproduction

But de l'étude

On étudie l'effet d'une réduction de source de nourriture sur le cycle de reproduction d'une population de pigeons vivant en conditions naturelles sur une durée de 8 ans.
On s'attend à :
-une réduction du nb de couples nicheurs et du nombre de couvées/couple
- l'augmentation de l'intervalle entre deux couvées
- une réduction du nb d'oeufs par couvée et du nb d'oeuf par an
- une réduction des taux d'éclosion et d'envol
- une réduction de la taille totale de la population de pigeons, résultant des points précédents.

On devrait pouvoir en tirer des enseignements pour mettre au point une stratégie durable de contrôle des populations de pigeons en ville

Méthodes

Etude d'un pigeonnier dans un quartier résidentiel de Bâle (Suisse) comportant 39 boîtes de nidification (même si qq couples nichent au sol ou dans des recoins). Tous les pigeons nés au pigeonnier sont bagués au nid et les immigrants au cours de séances de comptages nocturnes.
La colonie compte entre 75 et 100 pigeons. Les oiseaux doivent chercher seuls leur nourriture et leur eau. Ils se déplacent dans un rayon de 300 à 2000 mètres et surtout vers le port fluvial sur le Rhin situé à 1km de là.
L'administration du port a estimé à 60 tonnes/an la quantité de grains perdus, surtout consommés par les pigeons. A 29g/pigeon/jour, cela permet de nourrir environ 5700 pigeons.
En décembre 2009 le port ferma et fut démoli.
Cette étude a été faite pour essayer de suivre les conséquences de cette fermeture.


Une visite au pigeonnier tous les 15 jours pour mesurer les paramètres de reproduction plus 8 visites nocturnes pour marquer les immigrants et suivre les individus présents.
ARS ( Annuel Reproductive Success) = nb de jeunes envolés/nb de couples nicheurs

Résultats

831 couvées relevées en 8ans. Sur 1429 oeufs 535 éclosions ( 37,4%) et 353 envols ( 66,0%). ARS global de 1,03 envol/couple/an.
111 pigeons présents en moyenne aux décomptes nocturnes avant et 82 après la fermeture du port.
Intervalle moyen entre 2 couvées : avant 67 jours, après 92 jours ( +37%)
Nb de couples nicheurs/an - 24% après la fermeture du port
Nb de tentatives de nidification /couple/an -28,5% après la fermeture du port
Taille de ponte : pas de changement significatif
Nb total d'oeufs pondus/an : -45% après la fermeture du port
Succès à l'éclosion : pas de changement significatif
Succès à l'envol : - 19,2% après la fermeture du port
Bilan : l'ARS a chuté de 43,9% et le nombre total de jeunes envolés de 54,6% après la fermeture du port

DISCUSSION

La perte d'une source importante de nourriture s'est donc traduite à plusieurs étapes du cycle de reproduction, particulièrement sur le nb de tentatives de reproduction et sur le succès de l'élevage des jeunes.
Les pigeons ont en général une très longue période de reproduction (presque toute l'année) et pondent presque toujours deux oeufs. Les pontes d'un oeuf ont à Bâle un succès 10 fois inférieure aux pontes de deux, sans doute à cause de l'absence de réchauffement réciproque des 2 poussins.
La mortalité au nid est importante à cause de l'importance de l'apport de nourriture nécessaire due au taux de croissance exceptionnel des poussins.
En cas de réduction de nourriture, le nombre de couvées diminue et l'intervalle inter-couvée augmente à cause de l'investissement énergétique nécessaire à une reproduction mais pas le nb d'oeufs ni le taux d'éclosion, sans doute car c'est peu couteux en énergie. Le succès à l'envol diminue sans doute parce que c'est la phase la plus énergivore du cycle pour les adultes.
La réduction de nourriture s'est donc traduite par une réduction de la taille de la population. Il est cependant concevable qu'au bout de qq années, les pigeons réussissent à compenser cette perte en trouvant de la nourriture ailleurs.
La manière la plus efficace pour limiter la population de pigeons urbains est donc d'éviter les apports, volontaires ou non, de nourriture d'origine humaine.

24/08/2015

D'autres papiers sur la Pie australienne et les problèmes qu'elle pose en ville...

Voici les résumés « à la hache » de 3 papiers consacrés par D.N. Jones à la gestion des problèmes posés par la Pie australienne en milieu suburbain. J’ai les articles à la disposition de qui m’en fait la demande en utilisant « me contacter » dans la colonne de gauche du blog principal…

 

Pie-australienne_attaque1_DavidKelly.jpg

Un postier attaqué pendant sa tournée photo David Kelly

 

Management of aggressive Australian Magpies by translocation

DN Jones et T. Nealson    Wildlife Research, 2003, 30, 167-177

Attaques presque toujours l’œuvre du mâle pour pourchasser un intrus de la proximité de son nid (mais pb pour expliquer les attaques contre les cyclistes). On estime que des milliers de personnes sont touchées chaque année, parfois gravement (yeux, accidents de vélo).

Le moyen utilisé historiquement est la chasse (et aujourd’hui encore à la campagne et petites villes).

Depuis qq temps dans le Monde occidental, surtout en ville, la destruction d’oiseaux est considérée comme insupportable. C’est devenu une composante majeure des réflexions sur le contrôle des espèces sauvages en ville. Ne pas en tenir compte ouvre la porte à des conflits et à une décrédibilisation des mesures de contrôle. 70% des gens touchés par les attaques de pies sont opposés aux mesures létales.

Donc utilisation du déménagement (capture, transport et relâcher). Premières études (1996-97) ont prouvé l’efficacité mais reste le pb du devenir des oiseaux relâchés et du sort des jeunes au nid avec la seule femelle.

Etude 99-2000 sur des pies agressives, avec priorités aux cas d’attaques graves avec personnes jeunes ou âgées en cause. Les attaques sont des phénomènes individuels (il y a des individus agressifs et d’autres non). Pas d’intervention en cas de d’intimidation sans contact (risque faible) : on préconise des avertissements écrits. Capture des oiseaux dangereux par cage avec appelant vivant (une autre pie agressive), en moins de 10 mn d’habitude ! Seulement 5 échecs sur 250, dont 3 avec des pies déjà capturées par ce piège… Relâchées à des distances variables.

1700 cas d’attaques recensés en 2 ans pour le SE du Queensland pour 1100 oiseaux différents, surtout en aout-octobre( max en 09). 140 pies capturées et transportées. Distance 40-150km, m=78km (études préalables avaient montré qu’en dessous de 25 km elles revenaient au nid). 5 ( 3,5%) sont revenues au nid (distance moyenne 79 km), 17 revues ailleurs ( distance moyenne parcourue : 16km).

Seuls 3 oiseaux relâchés ont montré un comportement agressif, donc 98% de réussite (138/141)   

Travail effectué par 2 personnes 3 jours par semaine

A signaler 9 cas de fin des attaques par nourrissage des oiseaux (mais seuls les nourrisseurs sont épargnés !)

A Brisbane 9% des 118 pies nicheuses connues ont été trouvées agressives, ce qui laisse à penser que seuls 40% des pies agressives ont été signalées aux autorités.

Efficace ? Oui mais 10 cas (avec ceux des études préalables) où la femelle est devenue agressive.

Sort des mâles relâchés ? pas de trace de 85%, sans doute attirés par des groupes de non-nicheurs . Risques de mortalité accrue quand même…

Sort des petits ? Le mâle est vite remplacé et le nouveau nourrit les jeunes

Sur le lieu de lâcher ? très peu de pies restées agressives, pas de pb de mélange génétique mais risque de transfert de microbes

Méthode de transport ne doit pas être utilisée comme une méthode sans risque mais une des méthodes disponibles.

 

Pie-australienne_attaque2-jaznit.jpg

 Regardez bien, elle attaque juste à l'aile du nez, ça doit faire mal !... photo "gaznit"

 

Evidence of target specificity in attacks by Australian magpies on humans

R.M. Warne et D.N. Jones Wildlife Research, 2003, 30, 275-267

Etude de 48 cas d’agressions à Brisbane en sept-oct 1999 en suivant particulièrement le type d’intrus ciblé par les attaques : 71% ciblait un seul type d’intrus ( 52% n’attaquant que des piétons, 8% uniquement des cyclistes et 10% uniquement des postiers) et 29% attaquaient des piétons et des cyclistes (mais jamais des postiers). Alors que tous les cyclistes et postiers étaient attaqués par leurs « ennemies spécifiques», seulement certains piétons l’étaient par les leurs : il y aurait donc peut-être une reconnaissance plus fine du type de piéton attaqué.

Etude préalable : toutes les attaques ont lieu dans un rayon de 100-15km du nid.

 Pour les piétons et cyclistes les attaques ont toujours lieu dans la « zone d’attaque » alors que les postiers peuvent être attaqués plus loin

 

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Même une jeune fille "déguisée" en noir et blanc est attaquée... photo John Grainger

 

Wildlife management in the extreme : managing Magpies and mothers in a suburban environment.

D.Jones in « Too close for comfort : contentious issues in human-wildlife encounters » D.Lunney, A. Munn and W.Meikle eds. Royal society of New South Wales, Mosman, Australia, 2008.

Résumé des connaissances à cette date (dernière ref biblio 2006).

Originaire de milieux ouverts et de savanes, l’espèce a profité des défrichements pour l’agriculture mais surtout de l’établissement des villes à l’européenne. Espèce indigène préférée des habitants ( couleur, comportement « effronté », vocalisations).

Les solutions létales sont jugées inacceptables par la communauté, surtout dans les zones très visibles comme les parcs

Cycle reproductif

Commence fin juin-début juillet avec les conflits avec les pies voisines pour l’établissement des territoires. Ponte ( 2-4 œufs) début août, éclosion 3 semaines ensuite. Jeunes au nid de fin août à deb octobre. Une deuxième couvée immédiatement entreprise est classique.

Défense de couvée ou territorialité ?

Une des très rares espèces à être en permanence territoriale, en particulier à cause de la densité des territoires en zone suburbaine. Agressivité territoriale dirigée uniquement contre d’autres pies (et parfois tourterelles et cacatoes).

La défense de la couvée n’intervient que quand il y a qqchose à défendre et vise tout intrus (chat, chie, serpent et humains). Elle commence à l’éclosion et cesse à l’envol avec un accroissement parallèle à la croissance des jeunes. Le pic des attaques est donc fin sept- debut octobre et elles cessent rapidement ensuite.

Ces attaques sont donc un comportement normal de parents défendant leur progénitude et non la conséquence du caractère « rogue » de certains individus aberrants. C’est une remarque importante pour débarrasser la question de la notion de punition d’un comportement criminel.

Moins de 10% des couples montrent une agressivité quelconque. (mais très variable selon les zones). Ce sont presque toujours les mâles qui attaquent.

 

Causes de l’agressivité

Ce comportement de défense des couvées est surprenant car l’homme n’est pas un prédateur de la pie. La cause principale de mortalité des jeunes pies en ville est l’accident de voiture, mais les pies devraient considérer la voiture et non l’Homme comme la cause. La récupération de jeunes tombés du nid a pu être interprétée comme une prédation et c’est , semble-t-il, une cause importante de l’agressivité des pies. Mais cela ne suffit certainement pas à tout expliquer.

Il semble bien que la couleur ou la longueur des cheveux, la couleur ou le type des vêtements ne sont pas impliqués dans le déclenchement des attaques. En revanche la taille (les petits plus que les grands), le nombre (les individus isolés plus que les groupes) et la vitesse de déplacement (les rapides plus que les lents) ont une influence sur l’intensité des attaques.

La plupart des pies se spécialisent sur un type d’intrus (piéton, cycliste ou postier) ( cf. plus haut).

Une expérience consistant à traverser le territoire de pies non agressives, en passant au pied du nid, faisant le tour de l’arbre en regardant le nid, le tout répété 10 fois a majoritairement provoqué un comportement agressif des propriétaires, mais dirigé seulement contre la personne qui avait visité le nid : aucun autre humain n’était attaqué…

 

La perception humaine est importante

Population consultée pour éviter d’être à côté de la plaque ( p. ex. tuer les pies)

 

Déménagement des pies

(cf. plus haut)

Déménagement des mâles agressifs de plus de 30km presque toujours efficace.

Le mâle retiré est presque aussitôt remplacé par un autre mâle, presque jamais agressif, qui prend aussitôt en charge les poussins.

Le sort de 80% des déménagés est inconnu

 

 

 

 

16:30 Écrit par Fr dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/08/2015

Pourquoi les Pies d'Australie attaquent-elles des humains ?

Attacks on humans by Australian Magpies (Cracticus tibicen): territoriality, brood-defence or testosterone?

Rowena M. Warne, Darryl N. Jones and Lee B. Astheimer

Emu 110(4) 332 - 338 (2010)

 

Abstract : bien que les attaques sur les humains de la part des Pies australiennes soient un type de conflit significatif entre humains et faune sauvage en Australie, spécialement en environnement suburbain, on connait remarquablement peu de choses sur ce phénomène. Dans cette étude nous explorons trois hypothèses courantes - territorialité, protection des nichées et testostérone- comme explication de l’agressivité dirigée contre les gens par les pies vivant dans la zone suburbaine de Brisbane, dans le SE du Queensland.

La réponse de 10 couples de pies agressives à des niveaux normaux d’intrusion humaine a été comparée à celle de 10 couples de pies non agressives. Les observations comportementales sont nettement en faveur de l’opinion que les attaques ressemblent à de la défense des nichées et  pas en faveur d’un lien avec la territorialité. De plus l’étude n’a trouvé aucun élément pour étayer un lien entre le niveau de testostérone et l’agressivité envers les humains : la testostérone des mâles connait un pic juste avant la ponte et était significativement plus faible pendant la période maximale des attaques contre les gens. De plus, il n’y avait aucune différence entre le taux de testostérone des mâles agressifs et non-agressifs. Le déroulement de la production de testostérone pendant le cycle reproducteur ressemblait à celui de beaucoup d’autres passereaux et ne parait pas influer sur les attaques de pies contre les humains.

 

australian magpie1.jpg

photo Arthur Grosset

Introduction :

L’urbanisation actuelle a provoqué une augmentation du nombre de conflits entre humains et faune sauvage. Parmi les caractéristiques des espèces qui s’adaptent à la ville, on a placé par principe la tolérance aux humains. La coexistence entre une forte densité d’animaux et d’humains a provoqué une augmentation des conflits entre les humains et quelques-unes de ces espèces, depuis les grands mammifères (y compris les ours et kangourous ) jusqu’aux petits oiseaux tels que les « sucriers » et même les colibris. Même si le plus souvent il s’agit plus de peur que de blessure, il y a quelques cas graves, parfois même mortels. Même s’il s’agit d’un souci pour les agences de la faune, peu de choses sont connues sur les causes du phénomène, ce qui peut saper les bases d’une gestion appropriée.

Les cas d’attaques par la Pie australienne sont connus depuis longtemps. Chaque année des milliers d’Australiens se font attaquer par des pies, surtout à la fin du printemps. Les blessures graves (principalement aux yeux) sont rares, les petites blessures sont communes. Une grande attention a été portée au contexte comportemental et écologique de ces attaques, à l’efficacité des actions de gestion et au soutien de la population aux diverses actions de gestion. Cependant les causes profondes des attaques des pies sur les humains restent largement méconnues.

Les principales hypothèses

Parmi les nombreuses hypothèses proposées, les trois les plus fréquemment avancées sont la défense des nichées, la territorialité et un comportement influencé par les hormones.

La territorialité est la défense d’un territoire par un couple ou un groupe. Elle est souvent plus visible au début de la saison de reproduction quand les sites de nid sont choisis et défendus. Chez les passereaux cela se traduit le plus souvent par des chants  et l’expulsion des oiseaux de même espèce perçus comme rivaux. D’habitude, c’est limité au début de la nidification mais la Pie australienne est atypique de ce point de vue : elle défend son territoire tout au long de l’année même s’il y a un pic d’activités au début de la nidification. Bien que ce comportement ne vise que d’autres pies, c’est l’hypothèse le plus souvent invoquée pour expliquer les attaques contre les humains. Avec cette hypothèse, on devrait s’attendre à des attaques tout le long de l’année avec un pic au début de la nidification.

L’hypothèse de la défense des  nichées met en avant l’importance adaptative de la défense par les parents des jeunes. La prédation au nid apparait comme la variable la plus importante influençant  le succès d’une espèce. Le concept central de l’hypothèse de la défense des nichées affirme que les parents attaquent de potentiels prédateurs pour protéger leurs jeunes et que l’augmentation couramment observée de l’intensité de ce comportement est liée à la valeur sélective croissante des jeunes au cours de leur développement. Appliquée aux pies, cette hypothèse suggère qu’elles perçoivent les humains comme des menaces pour leurs jeunes, prédisant que les attaques devraient devenir plus évidentes quand les jeunes sont au nid. Plus encore, cette hypothèse prédit une augmentation constante dans l’intensité des attaques, depuis l’éclosion jusqu’à l’envol et leur disparition seulement avec l’indépendance totale des jeunes.

Australian magpie_panneau-information.jpg

Curieux : cette illustration trouvée sur un site expliquant comment éviter les attaques de Pies australiennes représente ... une Pie européenne !

Pour terminer, l’agressivité chez les animaux est connue pour être contrôlée par diverses hormones, la plus importante étant la testostérone. De hauts taux de testostérone sont associés à une agressivité augmentée et un certain nombre de comportement comme les chants et des attaques contre d’autres espèces. Une augmentation artificielle des taux de testostérone ont produit une augmentation de l’agressivité entre couples et une baisse des soins parentaux. Ainsi de nombreux passereaux connaissent un pic de testostérone avant la nidification, suivi d’une baisse pendant la couvaison et surtout l’élevage des jeunes, peut-être parce qu’en limitant les conflits, cela favorise les soins parentaux. L’hypothèse de la testostérone suppose donc des taux plus forts d’hormone chez les pies agressives vers la fin de l’élevage et l’envol que chez les oiseaux non agressifs.

Ces hypothèses ne sont pas mutuellement exclusives, particulièrement la territorialité qui est liée au taux de testostérone.

Méthode

Dans la zone suburbaine de Brisbane ( sud-est du Queensland), lors d’études précédentes, de nombreux couples de pies agressives et non agressives ont été marquées de bagues colorées. Parmi eux, 10 couples de pies « agressives » (connues pour avoir déjà attaqué des humains) et 10 « non agressifs » ont été sélectionnés. Des études précédentes avaient démontré que, bien que la plupart des pies soient accoutumées à la présence humaine et tolérent la présence même proche des humains, quelques-unes étaient particulièrement agressives envers les gens, bien que cette agressivité soit quasiment limitée aux mâles et à la période de reproduction.

Les couples agressifs de cette étude avaient tous été déclarés comme tels et bagués les années précédentes (comme les « non agressifs »). Pendant les 10 ans d’études préalables et les 200 captures et baguages, aucune pie « non agressive » n’est devenue agressive après avoir été relâchée.  Aucun jeune n’a été capturé et les arbres porteurs de nids ont été évités au maximum pour minimiser les risques d’influence de l’observateur. Les territoires des couples choisis étaient séparés d’au moins 2 km. Les territoires contenant des cours d’école et autres zones densément peuplées ont été éliminés.

Les oiseaux ont été observés régulièrement au cours de 6 périodes :

- 1 : au moins 6 semaines avant le moindre signe de reproduction

- 2 : pendant l’incubation

- 3, 4 et 5 : trois classes d’âge des jeunes au nid ( 1-2 semaines ; 3-4 et 5-6)

- 6 : jeunes envolés mais dépendants

Le nombre et le temps de séjour des piétons dans un rayon de 250 m autour de l’arbre étaient notés pendant chaque période d’observation de 30 mn, ainsi que tout type d »activité des pies.

 

Seuls les mâles ont été prélevés trois fois : avant la nidification, pendant l’incubation et pendant l’élevage des jeunes. Les oiseaux ont été capturés dans des nasses contenant un appelant.

 

Australian_magpie2.jpg

photo Peter Strauss

Résultats

Toutes les « zones de nid » ( 250m autour du nid) des pies suivies ont été visitées par des humains  ( 4-11 / 30 mn), sans variation au cours de la saison (juin-novembre) ni différence entre couples agressifs et non-agressifs.

Tous les mâles agressifs ont effectué des vols en piqué : 1,5% des humains qui sont passés ont été visés avant la nidification, 10-12% pendant l’incubation et le début de l’élevage et  19-29% pendant les 2 dernières hases de l’élevage ( χ²= 18,67, p<0,01). L’intensité des attaques est passée de 1,65 piqué par mn pendant l’incubation à  2,55 pendant l’élevage des jeunes  mais différence non significative).

Le taux de testostérone pendant l’incubation était très variable chez les pies agressives ( de 0,;01 ng/ml à 3,08 ng/ml). Il n’y avait pas de différence significative entre les mâles agressifs et non-agressifs. Le taux était plus fort pendant l’incubation que pendant n’importe quelle phase de l’élevage des jeunes.

 

Discussion

Nos résultats coïncident avec les prédictions de l’hypothèse de la défense de la nichée. Nous éliminons la territorialité comme une explication valable pour de telles attaques et nous avons trouvé que les taux de testostérone étaient bas pendant la période des attaques.

Dans notre étude, seuls des mâles ont été impliqués dans des attaques. D’autres études ont cité des cas de femelle attaquant mais cela reste très minoritaire (et presque toujours le cas de femelle devenant agressive après la capture de leur conjoint qui était déjà agressif).

La variété de réaction face aux humains contraste avec la réaction généralisée contre leurs congénères, que ce soit de la part des couples agressifs ou non-agressifs. Les réactions territoriales sont plus marquées au début de la reproduction.

Cilenti et Jones (1999) notent une augmentation de la fréquence des attaques avec l’âge des jeunes ce qui est moins apparent dans nos résultats, sans doute car le niveau d’attaques maximum est atteint plus vite dans le cas que nous étudions, peut-être à cause du grand nombre de piétons dans notre étude.

La testostérone n’a visiblement aucun rôle dans cette agressivité, des études récentes semblent mettre en évidence le rôle de l’hormone du stress, la corticostérone, dans les manifestations d’agressivité chez la pie australienne.

17:23 Écrit par Fr dans urbanisation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/01/2015

Les merles chantent plus tôt et se nourrissent plus tard quand il ya de la lumière et du bruit

Seize the night: European Blackbirds (Turdus merula) extend their foraging activity under artificial illumination

                                  Anja Russ, Annika Rüger, Reinhard Klenke

Journal of Ornithology January 2015, Volume 156, Issue 1, pp 123-131

 

L'éclairage artificiel perturbe le synchronisateur de l'horloge biologique qu'est l'alternance jour/nuit. Certains oiseaux en profitent pour chasser plus longtemps.

L'éclairage, conjugué au bruit urbain, est responsable de l'avancée de l'heure du "choeur de l'aube" (cf. ci-dessous) alors que cela ne semble avoir aucune influence sur la fin des chants le soir.

 

Merle_papier_BChaumont-red-rec.jpg

En se nourrissant trop tard, on peut parfois se tromper....

Méthode : étude dans Leipzig, ville coupée par une forêt nord-sud. 35 séances d'observations de mars à juin à partir de 30mn avant le coucher du soleil. Des captures au filet (217) pour mesurer la condition corporelle ( indice calculé à partir de la variation résiduelle sur une régression masse corporelle /longueur du tarse en séparant mâle et femelle). Longueur du jour = durée séparant l'aube civile (soleil 6° sous l'horizon) du crépuscule civil (idem).

 

Résultats et discussion : centre, parcs et foret sont éclairés de manière très différente (12,8/ 5,4 / 0,1 lampadaires/ha).

Les oiseaux exposés à l'éclairage urbain se nourrissent plus tard dans la soirée, surtout dans les jours courts de mars (effet déclinant en s'approchant du solstice).  Les mâles sont plus sensibles à l'éclairage artificiel que les femelles (de manière générale la surreprésentation des mâles dans les derniers à quitter le terrain n'est pas significative, mais elle l'est dans le centre alors qu’en forêt leur proportion est égale au sex ratio).

Merle_nourrissage-lumière-artif_AnjaRuss.jpg

Cependant les conditions de poids ne varient pas en fonction de l'éclairage artificiel, mais en fonction du milieu et de la saison : les oiseaux ne bénéficient donc pas de cette activité supplémentaire.

 

 

Sleepless in town - Drivers of the temporal shift in dawn song in urban European Blackbirds

Anja Nordt et R. Klenke

PLoS ONE 8(8): e71476 ( 2013)

 

But : faire le départ entre les influences du bruit et de l'éclairage artificiel dans l'avancée du "choeur de l'aube" des merles urbains.

 

Méthode : gradient de la forêt au centre urbain de Leipzig. Il y a des zones très urbaines mais calmes (centre piétonnier), il y a des zones boisées mais bruyantes (bord de la voie rapide). Travail de part et d'autre du 27 mars, date de changement d'heure.

Cartographie des postes de chant et repérage des territoires (ca 300)

 

Résultat : le "chœur de l'aube" démarre plus tôt (jusqu’à 5h30 d'écart entre le premier et le dernier de la même journée) dans les zones du centre bruyant que dans la forêt proche : le premier est le long de la route circulaire. Dans le centre piétonnier, ils démarrent plus tard que dans les secteurs bruyants mais le dernier à démarrer est dans la forêt (au début de l'aube, quand le soleil est à 6° sous l'horizon). La variabilité de l'heure (écart-type) est nettement plus importante au centre-ville qu'en forêt.

Le temps nuageux et le froid retarde le démarrage du chant en forêt, mais pas dans les parcs éclairés.

Le changement d'horaire n'a pas un effet visible, sauf dans un secteur bruyant où le lendemain lundi il n'y a pas eu d'effet mais dans les 5 jours qui ont suivi, le chœur de l'aube s'est décalé progressivement de 20 mn plus tôt (alors qu'il dérive naturellement vers plus tard).

 

Merle de ma fenetre-red-rec.jpg

Un poste de chant.... sous ma fenêtre !

Discussion : normalement, en milieu naturel, le chœur de l'aube démarre avec l'aube "civile", plus tardivement si le temps est couvert ou s'il fait froid.

Les merles chantent plus tôt au centre que dans la forêt.

Le facteur dominant de cette avancée est le bruit (qui agit soit comme synchronisateur, soit en forçant à chanter plus tôt pour pouvoir chanter tranquillement) même si l'effet est difficile à séparer de celui de la lumière. La réaction au changement horaire seulement près de la route circulaire renforce l’hypothèse du rôle du bruit.Si la transmission du signal pouvait être assurée par des ajustements sonores (chants plus aigus, plus forts, etc.), les merles auraient utilisé cette solution plutôt que le chant nocturne.

En milieu plus ou moins naturel, le démarrage est assez synchronisé car un chanteur va faire répondre ses voisins. En ville, il y a beaucoup d'hétérogénéité dans les conditions locales, ce qui fait qu'il y a une grande hétérogénéité dans les heures de démarrage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:59 Écrit par Fr dans urbanisation | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

21/03/2014

Les espèces introduites sont-elles aussi dangereuses que ça ?

Menaces exercées par les oiseaux introduits sur les espèces autochtones

(Threats from introduced birds to native birds. Jack Baker, K.J.Harvey et K.French (2014) Emu, 114, 1-12 )

Abstract : Cet article passe en revue la bibliographie documentant les interactions entre espèces d’oiseaux introduites et autochtones. De manière surprenante, il ne s’est trouvé que 10 cas d’une espèce introduite impliquée dans un processus menaçant une population d’oiseaux autochtones et menant à une disparition. La conclusion à tirer est qu’il y a peu de preuves que les oiseaux introduits constituent une menace majeure pour la diversité aviaire globale.

 Les priorités en matière de conservation pour suivre les interactions entre espèces autochtones et introduites sont :

- des politiques et pratiques  très précautionneuses pour éviter de futures introductions

- améliorer nos connaissances à propos de  ces interactions

- gérer les menaces là où elles affectent le maintien ou le retour d’espèces d’oiseaux insulaires menacées ou endémiques

- gérer la menace d’hybridation

- une gestion économe et pratique qui définisse les menaces à la diversité aviaire.

 

Attention : cet article ne concerne pas tous les problèmes causés par les espèces d’oiseaux introduites, seulement les menaces que ces espèces font peser sur les espèces d’oiseaux locales.

 

Dans Introduced birds of the World, Long en 1981 liste 426 espèces qui ont été transportées par l’Homme d’une région à ne autre. Plus de la moitié de ces espèces ont échoué à s’établir.

L’UICN considère que les espèces invasives sont une des causes principales des extinctions animales et une des principales menaces pour la sécurité alimentaire, la santé humaine et animale et la biodiversité. Dans la liste des 100 pires espèces invasives (Lowe et al 2000), on trouve 3 espèces d’oiseaux : le Martin triste ( Acridothes tristis), le Bulbul à ventre rouge ( Pycnonotus cafer) et l’Etourneau sansonnet ( Sturnus vulgaris).

Martin_DDaniels.jpg

On va beaucoup en parler dans cet article, alors voici le Martin triste ( photo D.Daniels)

Puisque la politique de conservation de la Nature est toujours limitée par des problèmes d’argent, l’accent a été mis sur le danger principal pour la biodiversité : la disparition de population d’espèces autochtones. Pour certains mammifères introduits, on croule sous les preuves du danger que cela peut représenter pour certaines populations d’oiseaux ( introduction de rats sur des  îles où nichent des oiseaux de mer par exemple). En est-il de même pour les oiseaux introduits ?

 

Méthode

Recherche dans la bibliographie depuis 1965, à propos des 31 espèces définies comme invasives dans le GISD http://www.issg.org/database/welcome/  et de leurs interactions avec les espèces autochtones. Cela donna un ensembles de 1700 articles auxquels s’y ajoutèrent d’autres grâce aux articles qui les citaient. Tous les continents (sauf l’Antarctique) ainsi que les îles océaniques sont concernés.

En ne gardant que les articles qui traitaient des conséquences des introductions sur les oiseaux autochtones, il resta un corpus de 94 articles.

Les interactions sont classées en 7 catégories : compétition pour les sites de nid, compétition pour la nourriture,  compétition comportementale, prédation, parasitisme des couvées, hybridation et maladies.

Pour les arguments montrant les interactions, il y a 4 niveaux : (1) théorique, (2) anecdotique (observations ponctuelles ou sur de petits échantillons), (3) quantitative avec 2 niveaux (a) preuve par corrélation sans preuve de causalité (b) preuve de causalité

 

Etude des arguments montrant les interactions entre espèces introduites et autochtones

Compétition pour les sites de nidification

Sur 33 articles sur le sujet, 27 concernent des espèces cavicoles. 12 espèces sont concernées dont le Martin triste, l’Etourneau, la Tourterelle turque, le Moineau domestique et la Perruche à collier. Seules deux espèces   pouvaient être considérées comme une menace : avec une argumentation faible pour la Perruche de Pennant dans l’île de Norfolk au nord de la Nouvelle-Zélande et une argumentation forte pour la Perruche à collier en Europe.

Perruche _Wikipedia_red.jpg

Et pourtant elle en cherche des sites de nidification !...(photo Wikipedia)

Compétition pour la nourriture

Sur 12 articles qui ont signalé une compétition pour la nourriture de la part de 6 espèces (dont le Martin triste, l’Etourneau et la Tourterelle turque), il n’y a que celui consacré au Zosterops du Japon qui signale un danger pour les passereaux à Hawaii.

Compétition comportementale

Le comportement agressif, en particulier pour le territoire, habituel entre espèces autochtones, est soulevé par 34 articles sur 10 espèces introduites dont la Bernache du Canada, le Martin triste, l’Etourneau, le Moineau domestique, le Canard colvert et le Cygne tuberculé.

Des preuves par corrélation sont apportées à propos de la Pie australienne (en Nouvelle Zélande), du Martin triste (aux Seychelles et à Tahiti),du Bulbul à ventre rouge (à Tahiti).

Bulbul ventre rouge Pekka Fagel.jpg

 

Ce n'est pas exactement le ventre qui est rouge chez ce Bulbul ... (photo Pekka Fagel)

L’impact du Moineau à Mexico est plus discuté car est-ce la présence du Moineau ou le milieu urbain où il s’est établi qui est la cause de la diminution des oiseaux autochtones ?

Prédation

Il y a 14 articles qui rapportent des cas de prédation de la part de 10 espèces introduites (dont le Martin triste, le Corbeau familier, l’Ibis sacré). Il n’y a de fortes probabilités de l’effet de la prédation que par le Martin triste (mais aussi d’autres cas où il n’a pas d’effet…). Il n’y a pas de cas démontrant la menace d’extinction causée par la prédation par un oiseau introduit. A Tahiti, la coïncidence entre l’introduction du Busard de Gould (Circus approximans) et du rat a fait accuser le rapace d’être la cause de la disparition de deux espèces locales d’oiseaux et de la diminution d’autres, mais le rat en est une cause nettement plus probable. Même scénario avec l’Effraie masquée (Tyto novaehollandiae) introduite sur l’île Lord Howe.

Parasitisme de couvées

Un seul article signale un problème de parasitisme : le  Vacher luisant (Molothrus bonariensis) introduit à Porto-Rico a été trouvé parasitant 17 espèces locales dont une endémique.

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Mérite quand même bien son nom, le Vacher luisant ! (photo Juan Carlos Melillo)

 

Hybridation

On a trouvé 21 articles citant 6 espèces introduites, dont la Perdrix chukar, la Perdrix bartavelle, le Canard colvert et l’Erismature rousse. De fortes probabilités d’impact ont été trouvées pour le Canard colvert et l’Erismature rousse ainsi que parmi les espèces de Perdrix par introgression de la Perdrix chukar.

Maladies

On a trouvé 17 articles évoquant le risque de transmission de maladies ou de parasites par 9 espèces introduites, dont le Martin triste, la Poule domestique et le Pigeon biset féral. Des éléments semblent mettre en cause Trichomonas transporté par le Pigeon pour le déclin de la Tourterelle des Galapagos. Le rôle de Plasmodium est fortement suggéré dans le déclin d’oiseaux endémiques d’Hawaii mais le rôle de vecteur du Zostérops introduit n’est pas démontré : on pense plus à une introduction ancienne du parasite par des migrateurs avec un moustique introduit en 1826 comme vecteur. Autre cas, la variole aviaire introduite par les volailles d’élevage a fait beaucoup de dégâts chez les endémiques hawaïens.

 

Etudes des arguments  étayant  les menaces apportées par les espèces introduites

Perdrix chukar

Les populations de Perdrix rouge et bartavelle déclinent à cause de la surchasse et des lâchers de P. chukar et d’hybrides menant à une hybridation avec les 2 espèces citées. Alors que l’hybridation entre les 2 espèces est naturelle dans le Sud des Alpes françaises, le lâcher de Bartavelles en Espagne menace l’intégrité génétique des P. rouges autochtones. Il y a bien un risque potentiel, spécialement avec la Chukar.

Martin triste

 - aux Seychelles, le Shama des Seychelles (Copsychus sechellarum) est menacé par la destruction de son habitat et l’introduction des nombreuses espèces. Il quitte son site de nid si un Martin triste occupe le même arbre. Même si la seule île où il se maintient comporte des Martins mais pas de rats, on considère qu’il faut tenir compte de la compétition comportementale par le Martin triste pour le sauvetage de l’espèce.

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Sur les photos que j'ai trouvées, ils sont tous bagués les Shama ! (photo Duuncann)

- à Tahiti, le succès reproductif du Monarque de Tahiti ( Pomarea nigra) décline en présence du Martin triste et du Bulbul à ventre rouge. La prédation a été écartée mais il faut tenir compte de la compétition comportementale avec le Martin triste pour le sauvetage de l’espèce.

Perruche de Pennant

Le rôle de cette perruche introduite dans l’île Norfolk sur 2 espèces de psittacidés endémiques n’a été montré qu’anecdotiquement et nécessite plus de recherches.

Zosterops du Japon

Introduite à Hawaii, l’espèce a concurrencé huit espèces locales dont une, l’Akepa (Loxops coccineus) est mise en danger par cette concurrence alimentaire. Aux Îles Bonin au contraire le Zostérops local supporte cette concurrence sans dommage apparent, peut-être à cause de la richesse alimentaire ou du développement encore faible de l’espèce introduite.

Canard colvert

Par hybridation, cette espèce a causé la disparition de certaines populations de Canard noir (Anas superciliosa) : en N-Zélande, il n’y a plus que 4,5% de Canard noir pur contre plus de 60% d’hybrides type Colvert et 11,7% type Canard noir. L’introgression a été retrouvée en Australie du Sud. Le même problème existe avec le Canard de HawaII ( Anas wyvilliana).

L’hybridation par le Canard colvert est donc une vraie menace.

Bulbul à ventre rouge

Il faut tenir compte de la compétition comportementale entre le Monarque de Tahiti et le Bulbul à ventre rouge pour le sauvetage de l’espèce.

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Est ce bien digne poyur un Monarque d'être bagué ? (photo Birdlife)

Pigeon biset féral

Introduit aux Galapagos au début des années 1970, le pigeon porte Trichomonas gallinae, protozoaire parasite qui se transmet par l’eau de boisson et cause le « chancre humide ». Trois des 9 espèces endémiques de columbidés ont été contaminées dans les îles où le pigeon a été introduit et aucune dans les îles sans pigeon. Les espèces locales ont décliné dans les îles à pigeons. Cela suggère que la transmission du chancre par le pigeon peut menacer pour les espèces endémiques d’extinction.

Perruche à collier

Elle a été introduite en Europe occidentale dans les années 1970. Une corrélation négative a été trouvée entre l’abondance de Perruches et de Sittelles mais pas avec d’autres espèces ( pour plus de détails, lire   http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/20... )  . En bloquant l’entrée d’un certain nombre de trous de Perruches, on a obtenu une baisse significative du nombre de couples de Sittelle. En modélisant la compétition au niveau de la Flandre, les auteurs ont prédit la disparition d’un tiers des effectifs de Sittelles, mais ils ne pensent pas que cela justifie l’éradication de la Perruche [en fait, ils se demandent si leur densité « expérimentale » de perruches correspond à une réalité crédible dans l’avenir( com.pers)]. Des études en Angleterre ont montré une corrélation négative, faible mais significative, entre effectifs de Perruches et de Sittelles mais cet effet disparait quand on tient compte de l’urbanisation des sites.lire  http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/20...   

Erismature rousse

Introduit à partir de 1948, l’espèce peut s’hybrider avec l’Erismature à tête blanche. Cependant aucune introgression à grande échelle n’a jamais été observée, peut-être grâce au programme d’éradication mis en place dans les années 1990 par 11 pays.

erismature rousse.jpg

Elle ne ressemble pouratnt pas à notre Erismature !

Vacher luisant

Introduit à Porto Rico en 1955, il parasite jusqu’à 83% des nids de Vireo de Porto Rico, ce qui fait chuter son taux d’envol de 82%. Malgré tout, l’espèce autochtone n’est qualifiée actuellement que de « Préoccupation mineure »

 

Limites des arguments apportés par les études

De manière surprenante, il y a peu d’arguments soutenant le rôle général et primordial des espèces introduites dans les extinctions, spécialement des extinctions d’oiseaux. Il est clair que l’introduction d’oiseaux modifie la composition spécifique et la dynamique d’une communauté aviaire. Cependant, sur les centaines de populations d’oiseaux introduites, nous n’avons trouvé que 10 cas d’oiseaux introduits impliqués dans un processus qui menace d’extinction une population d’oiseaux autochtones. Et ce n’est pas par manque d’intérêt pour le sujet ou de recherches lancées : il y a aussi de nombreuses études qui montrent l’absence de conséquences de l’interaction d’espèces introduites et autochtones.

Niveau et force des arguments

Les articles utilisés traitent d’arguments théoriques (19 articles), anecdotiques ( 26), corrélatifs ( 33) et causaux (25).

Les preuves anecdotiques ou corrélatives  peuvent être le meilleur niveau atteignable dans le cas d’une population unique et réduite où il sera difficile de mener des expériences avec contrôle et réplications.

La preuve d’une interaction ne mesure pas l’effet quantitatif d’une menace : dans une île de Nouvelle-Zélande, l’éradication du Martin triste a provoqué la hausse significative d’un certain nombre d’espèces autochtones et introduites. Même si la compétition comportementale avait été mise en évidence par l’étude, celle-ci n’en avait pas mesuré l’effet.

Les études quantitatives sont limitées dans le temps et l’espace. Des études multiples permettent donc d’étudier le type d’interactions qui existent. Ainsi la compétition pour le nid par l’étourneau a été bien étudiée aux USA et ne semble pas être un processus menaçant. Ainsi le Pic glandivore (Melanerpes formicivorus) concurrencé par l’étourneau va creuser de nouveaux trous ou nicher plus tard en saison, en maintenant ses populations.

pic glandivore.jpg

D'après les photos que j'ai vues, il vient facilement aux mangeoires ! ( photographe anonyme de Pennsylvanie)

D’autres espèces de pics américains ne sont pas perturbées par cette concurrence ou bien changent de milieu pour éviter l’étourneau. On n’a pas trouvé de diminution de la fécondité chez le Merlebleu azuré (Sialia currucoides) ou l’Hirondelle bicolore en présence d’étourneaux même si l’hirondelle change de loge de nidification.

 Il est intéressant de noter qu’une étude sur plus de 30 ans de données sur la distribution de 27 espèces autochtones cavicoles ( dont le Pic à ventre roux - Melanerpes carolinus ) n’a trouvé qu’une espèce commune (le Pic maculé – Sphyrapicus varius) dont le déclin peut être mis sur le compte de la compétition pour les sites de nid avec l’étourneau.

Des études multiples peuvent mener à des conclusions différentes : pour le Martin triste, les travaux sur la compétition examinés dans cette étude ne montrent aucune implication dans des menaces en Australie. D’autres études sont nécessaires pour préciser la nature des interactions.

Facteurs de confusion

La plus grande menace pour la biodiversité est la perte des milieux qui désavantage les espèces autochtones et peut fournir des habitats favorables à des espèces introduites. En général, une petite population est sensible à plusieurs facteurs et la compétition seule est rarement la seule cause d’extinction. Il est souvent difficile de distinguer l’effet de l’introduction d’espèces, de la perte de milieux et de la prédation par les rats. Ainsi le Shama des Seychelles souffre de l’abattage des arbres où il niche pour faire des terres agricoles, du piétinement par le bétail de ses lieux de nourrissage et de la prédation au nid par les rats qui ont été introduits. La compétition avec le Martin triste n’est qu’un facteur supplémentaire de menace.

D’autres mammifères introduits ont aussi un effet important : sur l’île de l’Ascension, le Martin triste était impliqué dans la prédation de 10% des œufs de Sterne fuligineuse par une étude sur 10 saisons de reproduction, mais la population de sternes a commencé à remonter après l’élimination des chats la 7ème année de l’étude.

sterne fuligineuse_RGudehus_red.jpg

L'espèce forme de larges et spectaculaires colonies ( photo R. Gudehus)

Le facteur temps peut aussi perturber la vision que l’on a de l’impact d’une introduction, une espèce nouvelle passant par une phase d’installation après laquelle elle peut avoir un impact : certaines espèces en sont peut-être à cette phase d’installation.

Propositions de mesures

- des politiques et pratiques  très précautionneuses pour éviter de futures introductions

- améliorer nos connaissances à propos de  ces interactions

- gérer les menaces là où elles affectent le maintien ou le retour d’espèces d’oiseaux insulaires menacées ou endémiques

- gérer la menace d’hybridation

- une gestion économe et pratique qui définisse les menaces à la diversité aviaire.

 

 

17:34 Écrit par Fr dans exotiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/11/2013

Le Pic syriaque apprécie la pollution !

Habitat preferences of the Syrian Woodpecker Dendrocopos syriacus in urban environments: an ambiguous effect of pollution

MICHAŁ CIACH and ARKADIUSZ FRÖHLICH

Bird Study (2013) 60, 491–499

 

Pics-comparaison.jpg

Attention à ne pas confondre le Pic syriaque ( à gauche - photo L.Kislev) et le Pic épeiche ( à droite - photo O.Laporte). Ils sont assez proche pour produire des hybrides impossibles à reconnaître du Pic syriaque...

 

C’est une espèce en expansion récente : le mouvement a commencé à la fin du 19ème s. depuis les Balkans pour atteindre la Roumanie et la Hongrie vers 1930, l’ex-Tchécoslovaquie vers 1940 et la Pologne en 1979. Depuis, il s’est implanté dans tout le sud-est du pays et occupe les ripisylves boisées et les zones agricoles avec bosquets d’arbres. Il s’est aussi installé en ville. Ce n’est pas une espèce forestière mais plutôt de bocage.

En comparant, à Cracovie, les paramètres de 50 territoires de nidification et 50 points au hasard, les auteurs ont trouvé que le nombre d’arbres, le taux de couverture par la végétation arborée et le niveau d’émission de polluants étaient significativement plus élevés dans les territoires de Pic syriaque. Le modèle expliquant le mieux sa présence était constitué de 4 paramètres : le nombre d’arbres, la surface construite totale, la couverture végétale totale et les émissions de polluants.  L’espèce semble en revanche indifférente à la densité de route, au niveau sonore et à la proximité de l’eau.

La pollution de l’air (Cracovie est une des villes où la qualité de l’air est la pire en Europe) affaiblit les arbres et augmente potentiellement le nombre d’insectes qui les habitent. Mais l’impact négatif de la pollution sur les oiseaux peut les concerner et les habitats urbains pourraient donc être des pièges écologiques pour cette espèce.

 

11:33 Écrit par Fr dans urbanisation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/10/2013

Site de nidification et succès de reproduction des perruches en Angleterre

The breeding biology of Rose-ringed Parakeets Psittacula krameri in England during a period of rapid population expansion
Christopher J. Butler, Will Cresswell, Andrew Gosler & Christopher Perrins

 

Bird Study, DOI: 10.1080/00063657.2013.836154

 

Historique en Angleterre :

1ere nidification prouvée en 1969
500 individus en 1983, 1500 en 1996 et 5800 en 2001
Presque 10 000 en 2004 et sans doute 30 000 "maintenant"

travaux effectués entre 2001 et 2003

Sites de nidification :
Nid : 8.1+/-3.8m de haut; pas d'orientation privilégiée
Arbre support: Diamètre du tronc à hauteur de poitrine: 73.7+/-4.1cm Taille : 19.5 +/-1.0m

Frêne 33% (sur 69 nids)
Chêne 21.7%
Erables 11.6%
Peuplier (8.7%), Tilleul (7.2%), Platane (5.8%)

cavité utilisée : ancien nid de pics (59%), cavités naturelles (31.6%), nichoirs (19.3%)
taux de réutilisation très variable selon les années et les lieux ( de 26 à 80%, calculé sur des petits effectifs)

Reproduction :

Premières pontes vers le 27/2, dernières mi-Mai; date moyenne 26/3 +/-1.3jour. Pas de secndes pontes ( alors que ça existe ailleurs)
Taille de ponte : 3.7 +/-1.2 oeufs ( significativement moins dans les cavités de pics que dans les autres cavités)
succès : 87 nids ont donné des jeunes et 19 non
survie journalière : oeufs 0.989 +/-0.003
                            jeunes 0.9989 +/- 0.001

ce qui correspond à 72% de couvées ayant produit au moins un jeune à l'envol.

Productivité moyenne : 1.4 +/-0.2 jeune envolé

Aucune caractéristique du nid n'a d'influence significative sur le succès

15 cas de mâles subadultes présumés ( sans collier rose) qui se sont reproduits, avec une taille de ponte inférieure (3.3+/-1.3; diff non significative)

Discussion :

Il est possible que la productivité augmente avec la densité ( 1.4 contre 0.8 dans une étude fin du 20ème s. sur 12 nids)

Pas d'influence de la date de ponte sur le succès reproductif (les pb de nourriture seraient évités grâce aux nourrissage ?)
Choix des essences peut-être dû au fait que les Pics verts préfèrent les chênes et frênes

Taux survie d'Amazona vittata 0.675 en 1ère année et 0.848 ensuite
Si c'est la même chose chez la Perruche à collier, cela donnerait un taux annuel d'accroissement de 0.27 +/- 0.4 qui ferait passer la pop de 1500 oiseaux en 1996 à 9 400-18 000 en 2004, ce qui correspond à la réalité mesurée.

17:22 Écrit par Fr dans exotiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |