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15.10.2011

Et si c'était à cause des mangeoires ?

 

Bird feeders may sustain feral Rose-ringed parakeets Psittacula

krameri in temperate Europe

 

Philippe Clergeau & Alan Vergnes

Wildl. Biol. 17: 248-252 (2011)

Le travail a consisté à relever les sources de nourriture utilisées par les Perruche à colliers, au hasard des observations effectuées en Essonne, Hauts de Seine et Seine St Denis et en plus à suivre 4 perruches équipées pour le radio-tracking pendant 8 demi-journées ( 4 matins et 4 après-midi ) chacune, en automne et en hiver.

Les résultats montrent que les perruches sont exclusivement végétariennes, qu’elles se nourrissent - hormis les mangeoires - de graines et fruits secs, de fruits charnus et de bourgeons  et que les espèces exotiques représentent un tiers des observations de nourrissage. Un arbre portant des fruits est exploité jour après jour jusqu’à ce qu’il soit dépouillé de ressource en nourriture avant de passer à un autre.

Le point important mis en évidence par cette étude est l’importance des mangeoires : les perruches radio-trackées y ont passé la moitié de leur temps de nourrissage. Il est donc possible que l’importance des mangeoires participe à l’explication du succès de la Perruche à collier en Europe de l’Ouest.

Les auteurs soulignent que l’espèce est considérée comme un ravageur des cultures en Inde et que les problèmes vis-à-vis des productions agricoles commencent à apparaître quand la densité approche celle qu’on trouve autour de Londres. Ils pensent qu’il est important d’avertir ceux qui entretiennent des mangeoires du problème que cela risque de poser.

21.06.2011

Les espèces exotiques sont-elles toujours gênantes ?

Ne juger pas les espèces sur leurs origines

 

Mark A. Davis et 18 autres signataires

NATURE | VOL 474 | 9 JUNE 201 p154

 

 

Remarque pour ceux qui sont habitués des papiers anglophones sur les espèces invasives : j’ai traduit « alien » par exotique et « native » par locale

 

Les protecteurs de l’environnement devraient estimer les organismes sur leur impact environnemental plutôt que sur le fait d’être ou non locaux.

 

Ces dernières décennies, les espèces « exotiques » ont été vilipendées pour mener les espèces locales à l’extinction et en général polluer les milieux « naturels ».Volontairement ou non, des telles stigmatisations ont aidé à créer un préjugé croissant contre les espèces importées qui a été adopté par le public, les protecteurs, les planificateurs et les politiques, aussi bien que de nombreux scientifiques du monde entier.

De plus en plus, l’intérêt pratique de la dichotomie espèces exotiques/locales dans le domaine de la protection diminue et devient même contre-productif.Cependant de nombreux protecteurs considèrent toujours cette distinction comme un principe de base.

Les approches gestionnaires doivent reconnaître que les systèmes naturels du passé ont changé sous l’action du changement climatique, de l’eutrophisation à l’azote, l’urbanisation croissante et d’autres changements d’utilisation du paysage. Il est temps pour les scientifiques, et les aménageurs et politiques, de se débarrasser de cette conception de la dichotomie exotique/local et d’adopter des conceptions plus dynamiques et pratiques pour la conservation et la gestion des espèces - conceptions mieux adaptées à notre planète qui change rapidement.

Le concept d’« espèce locale » a été émis pour la première fois par le botaniste anglais John Henslow en 1835. A la fin des années 1840, les botanistes ont adapté les termes local / exotique du droit commun pour les aider à distinguer les plantes qui constituent la « vraie » flore britanniques des apports artificiels.

Au siècle dernier, de nombreux botanistes et quelques zoologistes ont décrit et étudié des espèces introduites sans savoir que d’autres faisaient de même. Au moment où l’écologiste britannique écrivait son fameux « Ecologie des invasions par les animaux et les plantes » (1958), environ 40 scientifiques publiaient des descriptions d’espèces exotiques, sans qu’un consensus se soit fait sur l’importance d’une intervention si on introduit des espèces exotiques.

Ce n’est qu’en 1990 que la « biologie de l’invasion » est devenue une discipline à part entière. Les partisans de la protection de la biodiversité et de la restaurationdes milieux, en partie nourris par le livre d’Elton, usèrent de métaphores militaires et de craintes exagérées de dommages imminents pour répandre le message que les espèces introduites sont les ennemies de l’Homme et de la nature.

Evidemment, certaines espèces introduites par les humains ont amené à des extinctions et ont diminué d’importants services écologiques, tels que la propreté de l’eau ou les ressources en bois. A Hawaii, par exemple, la malaria aviaire - probablement introduite vers 1900 quand les colons européens ont apporté des oiseaux chanteurs et gibier - ont tué plus de la moitié des espèces autochtones des îles. La Moule zébrée ( Dreissena polymorpha) , native des lacs du sud-ouest de la Russie et accidentellement introduite en Amérique du Nord à la fin des années 1980, a coûté à l’industrie électrique et aux utilisateurs d’eau US des centaines de millions (certains parlent de milliards) de dollars de dommage en bouchant les tuyaux.

Mais beaucoup de craintes amenant l’idée générale que les espèces introduites présentent une menace apocalyptique à la biodiversité ne sont pas fondées sur des données. Prenons l’article écrit en 1998 concluant que les espèces invasives sont la 2èmeplus grande menace sur les espèces menacées ou en danger après la destruction des habitats. Peu d’information utilisée pour étayer ce rapport correspondait à des données, comme l’ont soigneusement noté les auteurs du rapport. En effet, de récentes analyses suggèrent que les invasives ne représentent pas une menace majeure de disparition pour la plupart de espèces dans la plupart des milieux -les prédateurs et pathogènes dans îles et les lacs étant les principales exceptions. En fait, l’introduction d’espèces exotiques a presque toujours augmenté le nombre d’espèces dans une région.

Les effets des espèces exotiques peuvent varier dans le temps, et les espèces qui ne posent pas de problèmes maintenant peuvent en poser dans l’avenir, spécialement dans les milieux qui changent rapidement.

 

PREJUGES BIOLOGIQUES

 

L’origine locale n’est pas un signe d’adéquation évolutive ou d’une espèce ayant des effets positifs. L’insecte couramment soupçonné de tuer plus d’arbres que tout autre en Amérique du Nord est la locale « abeille des pins de montagne »Dendroctonus ponderosae .Classer les êtres vivants selon leur accord aux standards culturels d’appartenance, citoyenneté, correction et moralité ne fait pas avancer notre compréhension de l’écologie. Ces dernières décennies, cette perspective a mené beaucoup d’efforts de conservation et de restauration vers des chemins qui ont peu de sens écologiques et économiques.

Prenons l’éradication de la « Griffe du Diable » ( Martynia annua ), introduite du Mexique en Australie au 19ème siècle, probablement comme variété horticole. Ces 20 dernières années, le Service des Parcs et de la Faune des Territoires du Nord, avec des centaines de volontaires, a arraché à la main les plantes le long de 60 km du lit d’un cours d’eau du Gregory National Park.

Aujourd’hui, la Griffe du Diable est toujours présente dans le parc et abondante dans les élevages de bétail adjacents. Est-ce que cet effort en valait la peine ? Il y a peu de preuves que l’espèce ait jamais mérité une gestion aussi intensive - elle ne change pas substantiellement le caractère fondamental de son milieu en réduisant la biodiversité ou en altérant le cycle des éléments nutritifs.

Un autre exemple est la tentative US d’éliminer les tamaris ( Tamarix spp.), introduits d’Europe et d’Afrique dans les zones arides au 19ème siècle.Ces plantes, résistantes à la sécheresse, au sel et à l’érosion, ont d’abord été les bienvenues aux Etats-Unis, d’abord comme plantes ornementales pour les jardins et plus tard comme ombrage pour les fermiers du désert. Ensuite dans les années 30, quand les apports d’eau se réduisirent dans l’Est de l’Arizona, le centre du Nouveau Mexique et l’Ouest du Texas, ils furent traités de « voleurs d’eau »et plus tard, pendant la 2ème guerre mondiale, d’ « envahisseurs étrangers ». Dès 1942, ils devinrent l’objet d’un plan de suppression sur 70 ans utilisant des herbicides, des bulldozers et le « Broyeur d’arbres LeTourneau » au nom si pittoresque..

Les écologistes ont depuis découvert que les tamaris utilisaient l’eau à un taux comparable à celui de leurs concurrents locaux. Et ces plantes sont maintenant le lieu de nidification préféré de Empidonax trailli extimus, espèce de gobemouche en danger.

On peut soutenir que les tamaris, qui survivent sous un régime hydrologique moyen qui détruit les arbres et buissons locaux, ont un rôle crucial dans le fonctionnement des milieux de bords de rivières modifiés par l’Homme. Cependant, entre 2005 et 2009 seulement, le Congrès US a autorisé la dépense de 80 M $ pour continuer le contrôle et l’éradication des tamaris.

 

NOUVEAUX PRINCIPES DE BASE

 

Qu’est-ce qui devrait remplacer maintenant la distinction local / exotique comme principe de base pour la conservation et la gestion de la restauration ?

La plupart des communautés humaines et naturelles sont formées maintenant à la fois de résidents à long terme et nouveaux arrivants, et des écosystèmes apparaissent qui n’avaient jamais existé avant.. Il est illusoire d’essayer de restaurer les écosystèmes à l’état historique « juste ». Par exemple, sur les 30 plans d’éradication de plantes entrepris depuis 1996 aux Galapagos, seulement 4 ont été couronnés de succès. On doit accepter l’existence de « nouveaux écosystèmes » et intégrer de nombreuses espèces exotiques aux plans de gestion, plutôt que de tenter de réussir la tâche souvent impossible de les éradiquer ou de réduire leur abondance de manière drastique. En effet de nombreuses espèces que beaucoup considèrent comme autochtones sont en fait des exotiques. Par exemple, le Faisan à collier, le symbole de l’état du Dakota du Sud, n’est pas natif des grandes plaines d’Amérique du Nord, mais fut importé d’Asie comme gibier dans la 2èmemoitié du 19ème siècle.

Particulièrement, les décisions de politique et de gestion doivent tenir compte des effets positifs de nombreux exotiques. Pendant les années 1990, le Département US d’Agriculture ( USDA) a déclaré plusieurs espèces de Chèvrefeuille introduites et a interdit leur vente dans plus de 25 états. L’ironie est que, des années 60 aux années 80, l’USDA avait introduit les mêmes espèces dans des projets de mise en valeur des terrains et d’amélioration de l’habitat des oiseaux. Des données récentes suggèrent que les premières intuitions de l’agence ont pu être appropriées. En Pennsylvanie, plus de chèvrefeuille introduit signifie plus d’oiseaux locaux. De même la dispersion des plantes locales produisant des baies se fait mieux là où il y a plus de chèvrefeuilles exotiques.

Il est clair que les agences et organisations s’occupant de ressources naturelles devraient fonder leurs plans de gestion sur des preuves solides et non sur des craintes non fondées de dégâts causés par les exotiques. Une autre étape intéressante serait pour les scientifiques et les professionnels de la protection de convaincre le public que beaucoup d’espèces exotiques sont utiles.

 

Nous ne suggérons pas que les protecteurs abandonnent leurs efforts pour limiter les problèmes sérieux causés par certaines espèces introduites, ou que les gouvernements devraient arrêter d’essayer d’empêcher les espèces potentiellement dommageables sur leur territoire. Mais nous insistons auprès des protecteurs et des gestionnaires du territoire d’organiser leurs priorités autour de savoir si les espèces produisent des bénéfices ou menacent la biodiversité, la santé humaine, les services écologiques et l’économie. A près de deux siècles de l’introduction du concept d’ « origine locale »,il est temps pour les protecteurs de se concentrer beaucoup plus sur les fonctions d’une espèce et beaucoup moins surson lieu d’origine.

19.06.2011

Perruches et Sittelles en Angleterre

Evaluating the population-level impact of an invasive
species, Ring-necked Parakeet Psittacula krameri, on
native avifauna
STUART E. NEWSON, ALISON JOHNSTON,DAVE PARROTT & DAVID I. LEECH
Ibis (2011), 153, 509–516

Pour vérifier si les conclusions de Strubbe et Matthyssen 2007 et 2009 (voir leurs résumés sur le post précédent) étaient valables en Angleterre, les auteurs ont utilisé les données du British Birds Survey qui existe depuis 1994. Ils ont suivi spécialement les espèces qui peuvent entrer en compétition pour les sites de nidification avec la Perruche : Pics vert et épeiche, Sittelle, Mésanges bleue et charbonnière, Choucas, Pigeon colombin et Etourneau(l'Epeichette fut négligé car trop rare).
Les auteurs ont d'abord appliqué le même genre de méthode que Strubbe et Matthyssen (2007). Ils ont spécialement fait attention aux éventuelles corrélations avec la composition du milieu. Ils ont ensuite appliqué une autre méthode pour corréler les changements d'abondance des espèces cavicoles avec l'abondance de leurs éventuels compétiteurs.

Sittelle_Poudrerie_19mar2011 tronquée.jpg

 


Cette Sittelle supporte comme elle peut la présence de nombreuses Perruches

 

Les analyses initiales entre les abondances des perruches et des sittelles

a montré une corrélation négative. Cependant, après avoir tenu compte de la densité de l'habitat humain (la perruche y est positivement corrélée alors que la Sittelle l'est négativement), on ne trouve plus de corrélation.
L'étude d'une éventuelle corrélation entre un changement d'abondance des
cavicoles et la présence de perruches n'a montré de résultat que pour la Mésange bleue, mais seulement une baisse du taux de croissance de 0,1% par couple supplémentaire de perruche par km², ce qui est négligeable. 
L'effet direct de la densité du milieu urbain n'est pas étudié dans
l'article belge mais il tient compte de la proportion de forêt,très négativement corrélé avec l'habitat urbain. Il n'est pas impossible que l'effet de compétition soit plus faible en Angleterre qu'en Belgique pour des questions de densités de perruches et/ou de disponibilités des cavités.
La corrélation négative entre Perruche et Mésange bleue semble plutôt liée
à des différences de préférences d'habitat entre les 2 espèces, la Perruche préférant des milieux moins adaptés à la Mésange bleue.
L'étude n'a donc pas trouvé de preuve que dans la répartition et les
densités actuelles de la Perruche à collier en Angleterre, celle-ci influence négativement l'abondance des Sittelles ni d'autres espèces cavicoles . Pour le moment il y a peu de recouvrement entre les noyaux des populations des 2 espèces et on ne peut exclure d'impact négatif si les populations de perruches continuent à augmenter.

 

Compétition perruche - sittelle à Bruxelles

 

Invasive ring-necked parakeets Psittacula krameri in Belgium: habitat selection and impact on native birds

 

Diederik Strubbe and Erik Matthysen (2007)

Ecography 30: 578-588

 

 

40 individus lâchés en 1974 au Meli Zoo de Bruxelles (ssp borealis qui atteint 1300m au pied de l'Himalaya) et 7000 en 2005…

L’étude repose sur  167 points d'écoute répartis sur 44 sites au travers de la région Bruxelles-Capitale et en Flandre proche, 2 passages complets en 2004 et 2006, double passage sur 59 points (19 sites) en 2005. La conversion indice de présence / densité a été effectuée en utilisant les études exhaustives menées sur 8 sites en 2005 et 10 en 2006. Les caractéristiques du milieu ont été notées sur une surface de 0.05ha autour de chaque point

 

Résultats

Des densités de 0 à 2.11 couples/ ha chez les perruches et de 0 à 3/10ha chez la sittelle ont été trouvées et la corrélation avec les points d'écoute est très forte.

La densité de perruche nicheuse est positivement corrélée avec la densité de cavités ( qui peut atteindre 40/ha en vieilles forêts mais 6-7 en forêt aménagée, de 8 à 18 /ha dans 5 sites étudiés et le pourcentage de zone construite autour du point d'observation et négativement avec la distance du point de lâcher en 1974.

La seule corrélation avec d'autres espèces a été trouvée avec la Sittelle (négative, r= -0.23; p=0.017) dont la densité est aussi positivement liée au nb de cavités et au pourcentage de zones boisées autour de point

 

Compétition

Pas de corrélation négative trouvée avec l’étourneau, seulement avec la sittelle. La perruche niche plus tôt ( fin février) que la sittelle ( mi-avril). La population de sittelle à Bruxelles a varié ces dernières années sans tendance nette, mais cela peut être dû au fait qu'autour de Bruxelles , dans les zones sans perruches, elle a augmenté. L'absence d'effet sur les étourneaux est expliquée par leur attitude agressive qui leur permet de résister à la Perruche.

L'absence de corrélation avec le Pic vert est attribuée au fait que les pics commencent à creuser leur loge quand les perruches se sont déjà établies dans une loge. La rareté de certaines espèces empêche de savoir s'il y a un effet sur le Torcol, le Pic mar et le Rougequeue à front blanc

 

 

 

Experimental evidence for nest-site competition between invasive ring-necked parakeets (Psittacula krameri) and native nuthatches (Sitta europaea)

 

Diederik Strubbe *, Erik Matthysen (2009) 

Biol. Conserv. 142: 1588–1594.

 

Méthode

2 sites expérimentaux et 4 sites de contrôle dans la région Bruxelles-Capitale et région flamande proche (choisis pour leur bonne densité de perruches et de sittelles) suivis l’année avcant et l’année après l’expérience.

En janv-fev 2006, toutes les cavités des sites expérimentaux furent  relevées et caractérisées. Au printemps, l'occupation par des perruches ou sittelle est notée. Pendant l'hiver 2006-07, les trous occupés par des perruches furent bouchés ce qui réduisit les cavités de 258 à 192 et de 125 à 87 dans les 2 sites ( mais 10 furent réouvertes par les perruches !). Les sites de nidification furent de nouveau recherchés au ptps 2007.

 

Résultats

Les caractéristiques des cavités occupées par les perruches avant et après le bouchage ont été analysées ( en prenant 4cm comme diamètre minimum pour le trou). Les préférences ont été mises en évidence en comparant les cavités occupées et non-occupées ( en 2007 les cavités bloquées ont été laissées de côté).

Le nombre de couples de couples de sittelles a baissé respectivement de 5 à 3 et de 6 à 3 dans les 2 sites expérimentaux ( pas de changement dans les sites-témoins) pendant que le nombre de couples de perruches baissaient de 46 à 31 dans un site mais augmentait de 25 à 27 dans l’autre ( légère augmentation dans les sites-témoins).

Avant le blocage le choix des perruches dépendait surtout de la position ( tronc ou branche),

de la taille du trou et de la hauteur de la cavité alors qu'après le blocage, seule comptait vraiment la hauteur de la cavité ( comme en 2006, les cavités situées à moins de 5m sont privilégiées : 17% et 14% des nids contre 8% des cavités disponibles). Les perruches se sont aussi rabattues sur des trous plus larges ( 22% >8cm contre 4% avant blocage) et situés sur les branches ( 33% contre 8%).

L'estimation du caractère adéquat pour les perruches de chaque cavité a montré que les cavités utilisées après blocage leur convenaient moins que celles utilisées avant le blocage. Les 5 cavités récupérées par les perruches sur les sittelles et les 10 cavités débouchées par les perruches en 2007 convenaient mieux que la moyenne des cavités de 2007.

 

Discussion

Le blocage des cavités de perruches a donc provoqué un déclin significatif du nombre de sittelles qui peut être largement attribué à la prise de nids par les perruches. La corrélation négative entre les 2

espèces déjà signalée ( Strubbe et Matthyssen 2007) peut donc être mise sur le compte de la compétition entre les 2 espèces pour les sites de nid avec une domination de la perruche.

 

 

 

Assessing the potential impact of invasive ring-necked parakeets Psittacula krameri on native nuthatches Sitta europaea in Belgium

 

Diederik Strubbe, Erik Matthysen and Catherine H. Graham (2010)

Journal of Applied Ecology

Volume 47, Issue 3, pages 549–557, June 2010

 

 

Les densités de perruches et de sittelles de la région de Bruxelles ont été calculées à partir de points d'écoute et de données de l'atlas flamand. Les densités de sittelles ont été calculées dans des zones sans perruches pour avoir un point de comparaison.

Diverses caractéristiques des zones forestières étudiées ont été relevées ( dont la distance au lieu du lâcher primitif en 1974 ).

A partir de toutes ces données, des prédictions d'abondance des sittelles  et des perruches ont été calculées pour toutes les zones où elles n'avaient pas été mesurées.

En considérant qu'à terme l'abondance de la perruche sera indépendante de la distance au "point zéro", la population potentielle de la région a été estimée à 22 000 couples de perruches, soit 10 fois la population actuelle.

L'abondance de la sittelle décline linéairement avec l'abondance de la perruche, ce qui amène à un coefficient de compétition ( = pente de la droite de régression) de -0.023. On en déduit un calcul des pertes en couples de sittelles par la formule :

 

 abondance de sittelle avec perruche = abondance de sittelle sans perruche - coeff. de compétition x abondance de perruche.

 

Les résultats suggèrent qu'il est improbable que les perruches provoquent un déclin sévère des sittelles. L'invasion de perruches est peut-être comparable à celle de l'Etourneau aux USA, introduit à New-York en 1890 et devenu l'un des oiseaux les plus communs des USA. Malgré un grand nombre d'études locales annonçant une compétition avec les oiseaux locaux, une analyse à long terme à l'échelle du pays n'a pas pu prouver un impact net(Koenig 2003). Cependant, la perruche à collier est loin d'avoir conquis toutes les zones favorables et on ne peut exclure à terme un effet négatif sur des espèces plus rares ( Torcol p. ex.).

Il n'y a pas de preuve déterminante indiquant que les perruches sont une menace assez importante pour justifier une campagne d'éradication. 

 

13.06.2011

Les envahisseurs sont-ils vraiment si gênants ?...

Concerns regarding the scientific evidence informing impact risk assessment and management recommendations for invasive birds

Strubbe Diederik, Shwartz Assaf, Chiron François

Biol. Conserv. (2011), doi:10.1016/j.biocon.2011.05.001

 

 

L'étude des espèces d'oiseaux invasives et du danger qu'elles sont censées apporter a amené Kumschick and Nentwig (2010) à classer les espèces en fonction de leur danger supposé et de proposer l'éradication de certaines espèces à cause du danger qu'elles représentent pour la biodiversité. Les auteurs ont voulu réévaluer le risque représenté par ces espèces.

 

Rappelons qu'une espèce invasive est une espèce qui n'est pas originaire d'une région et dont l'introduction par les humains cause des dégats économiques ou environnementaux. Il n'a pas été possible jusqu'à présent d'identifier les caractéristiques qui permettraient de prévoir qu'une espèce risquait d'être invasive. De toute façon, de nombreuses espèces ont été relâchées involontairement ( chez les insectes par exemple). 

K&N ont utilisé pour classer les espèces d'oiseaux invasives en Europe une classification adaptée de celle utilisée pour les mammifères. Ils ont trouvé que les oiseaux posaient moins de problèmes que les mammifères sauf certaines espèces d'oiseaux qui atteignaient le rang des mammifères les plus gênants. Ces mammifères sont l'objet de mesures d'éradication, ce qui n'est pas le cas des espèces d'oiseaux.En désaccord avec un article récent ( Blackburn et al. 2009), K&N prétendent que plusieurs espèces exposent l'environnement à un risque élevé.

Les auteurs ont donc voulu réexaminer la validité des méthodes employées par K&N et vérifier si les estimations avancées permettaient d'affirmer la nécessité de l'éradication de ces espèces.

 

Ibis groupe La Couarde bagué red.jpg

 

                          Comme quoi ils n'ont pas très peur de l'Homme... remarquez les bagues colorées ( Ile de Ré)

 

K&N ont dressé une liste de 26 espèces d'oiseaux introduites en Europe avant 1984 et qui avaient leur zone de répartition entièrement en dehors d'Europe.A partir de la bibliographie qui leur a été consacrée, les impacts environnementaux ont été classés entre compétition, prédation, hybridation, transmission de maladies, caractère herbivore et impact sur le fonctionnement des écosystèmes. Les dommages économiques ont été classés en 6 catégories : dommage à l'agriculture, au bétail, à la forêt, à la santé humaine, aux infrastructures et à la vie sociale.Chaque impact est noté de 0 à 5. La notation est pondérée par la proportion de sol européen occupé par cette espèce.Ils en tirent donc un classement. Les auteurs se sont focalisés ici sur les 5 espèces ayant le plus mauvais classement chez K&N qui proposaient leur éradication ( Bernache du Canada, Ibis sacré, Erismature rousse, Perruche à collier et Conure veuve ).

Les auteurs ont repris chacun indépendamment les publications citées par K&N, vérifiant si les effets cités étaient anecdotiques ou généraux, proposant une note qui tenait aussi compte d'éventuels effets positifs. Leurs résultats ne différant pas fortement entre eux trois, ils en ont fait une moyenne.

 

Erismature rousse 1 Londres fev07 red.jpg

La cause principale de l'introduction de l'Erismature rousse : le goût des Anglais pour cet oiseau ( ici à Londres)

 

A une exception près, les résultats des 2 équipes diffèrent notablement :

                                 

 

Impact environnemental

Impact économique

 

K&N

article

K&N

article

Bernache du Canada

15

10

21

11,3

Erismature rousse

8

7

0

0

Ibis sacré

9

5,7

5

2,7

Perruche à collier

4

2

11

5,7

Conure veuve

1

0

6

3,3

 

Dans les 2 cas, les dangers environnementaux les plus graves viennent de la compétition et de l'hybridation. Si l'on devait insérer ces oiseaux dans le classement des 20 mammifères les plus gênants, une seule espèce serait présente (la Bernache, 12 ème) contre 3 chez K &N. Les auteurs trouvent un risque économique à peu près équivalent au risque environnemental alors que K&N voit ce dernier deux fois plus fort.

L'exemple de l'Ibis sacré illustre la différence de notation : K&N lui attribuent la note 5 pour la prédation ( "effet déterminant dans le déclin de nombreuses espèces" menant des espèces vulnérables à des disparitions locales), mais il ne suffit pas de voir un Ibis prédatant une espèce vulnérable pour répondre à cette définition. Or les citations utilisées (Yesou et Clergeau 2006 par ex.) signalent " les cas soulignés ci-dessus semblent n'avoir eu aucun impact sérieux sur les populations de l'espèce prédatée". Les auteurs lui ont donc attribué au maximum la note 3 ("Déclin reconnu d'une ou plusieurs espèces locales").

En revanche les auteurs sont d'accord avec K&N pour dire que l'Erismature rousse représente le principal danger pour l'Erismature à tête blanche à cause des hybridations possibles.

Les auteurs sont d'accord avec Blackburn ( 2009) pour dire qu'il y a peu de preuves que les oiseaux invasifs ont un impact sérieux sur les espèces autochtones par compétition ou prédation . Cependant Blackburn soupçonne un rôle dans la dispersion des maladies, alors que les auteurs et K&N mettent plus en avant l'importance de la compétition et l'hybridation. Cela expliquerait que les mammifères présentent plus de dangers pour la faune locale, par l'importance de leur prédation alors que les oiseaux agiraient surtout par compétition, ce qui mènerait plus difficilement à une disparition des espèces locales. Chez les plantes en revanche, la compétition est un facteur majeur de déclin de la biodiversité.

 

Bernache et bouillon d'eau Londres fev07 retaillée_colorée.jpg

 

                                  Elle en fait bien du bruit, la présence de la Bernache du Canada !....;-)

 

Les auteurs discutent ensuite de la validité de la méthode employée par K&N pour estimer l'impact d'une espèce, signalant par exemple qu'une même espèce n'a pas forcément le même impact dans toute la zone envahie. On manque cruellement à l'heure actuelle d'étude précise sur l'écologie de ces espèces.

L'éradication, qui a fait ses preuves dans un certain nombre de cas de mammifères, peut être contre-productive si elle n'est pas faisable : il faut non seulement que cela soit techniquement possible mais qu'on empêche aussi toute nouvelle introduction. Il faut aussi que cela n'ait pas d'effet indésirable ( l'éradication des chats a fait se multiplier les lapins dans l'île Macquarie) et que ce soit accepté par le public. L'éradication de la Conure veuve aux USA, dont les nids causent de nombreux problèmes aux installations électriques, a été jugée moins rentable que la simple élimination des nids gênants.

Les auteurs concluent en rappelant qu'ils ne sont pas opposés par principe à l'éradication mais soulignent, après de nombreux autres auteurs, la faiblesse ou le caractère anecdotique de beaucoup de preuves d'impact négatif chez de nombreuses espèces invasives. sans parler du risque de réactions négatives de la part des habitants...

 

 

S. Kumschick and W. Nentwig (2010): Some alien birds have as severe an impact as the most effectual alien mammals in Europe

 Biological Conservation Volume 143, Issue 11, November 2010, Pages 2757-2762

02.03.2011

Le nourrissage vu des antipodes

Voici un point de vue original qui nous vient d'Australie... j'ai donc décidé d'en faire une traduction quasi complète plutôt qu'un résumé...j'espère que je n'aurai pas trop déformé la pensée de l'auteur....

WINGSPAN For birds and birdwatchers Vol. 18 n°1, mars 2008, p.16-19

Feed the Birds

Feeding of wild birds is common, but is it a good thing?

Darryl Jones

 

« Chacun sait évidemment que nourrir les oiseaux est mauvais. Il est bien connu que le nourrissage répand les maladies, cause l’obésité, affecte la  santé, attire des espèces agressives, favorise celles qui sont déjà surabondantes et mène à la dépendance à la nourriture fournie par l’Homme. C’est pourquoi il est évident que nourrir les oiseaux est une pratique nuisible et hors de propos, entreprise principalement par des gens qui ne se soucient pas réellement de la nature. »

Pour les ornithologues et amoureux de la nature australiens, les affirmations ci-dessus sont probablement familières, aussi bien comme sentiment privé que comme opinion exprimée publiquement. Tellement bien établies et acceptées en apparence, qu’elles sont en général considérées comme évidentes. «  Chacun sait surement….. »

Evidemment, comme chaque ornithologue qui a récemment visité l’Amérique du Nord ou l’Europe l’attestera, l’attitude vis-à-vis de la faune sauvage dans ces pays ne peut guère être plus différente. Non seulement le nourrissage dans les jardins est archi-répandu, et pas seulement la fourniture de petite quantité de déchets de la table, mais c’est même devenu une industrie fournissant un ensemble de graines, nourriture, mangeoires et conseils. De plus ces pratiques sont activement conseillées par les organisations de protection des oiseaux.

Une telle différence de perception mérite donc d’être étudiée de plus près, surtout que, d’un point de vue global, ce sont les Australiens qui sont l’exception ! Presque toutes les organisations australiennes de protection des oiseaux sont ouvertement opposées à cette pratique de nourrissage, même si seules quelques-unes ont voulu faire appliquer leur position au niveau politique, en particulier dans les parcs et réserves où les problèmes d’interactions humains - faune sauvage et de santé de la faune sauvage sont surveillés de près.

Etant donné cette opposition officielle en Australie, il doit sembler probable que le nourrissage soit assez peu commun dans le pays. En réalité, à la grande surprise de beaucoup, le taux de participation au nourrissage  ici est quasiment identique à ceux des USA et de Grande-Bretagne. Plusieurs études ont confirmé que de 38 à 57 % des ménages nourrissent régulièrement les oiseaux. Les Australiens aiment attirer les oiseaux par la nourriture malgré la désapprobation « officielle ». Cela mérite donc un débat de qualité. Quels sont les points importants ?

àUne main secourable ?

Dans l’hémisphère Nord, le nourrissage à grande échelle est vu en général comme une réponse humaine à la situation des petits oiseaux souffrant des conditions difficiles de l’hiver. Pour les oiseaux sédentaires à l’arrivée de la neige et du gel, la disponibilité de nourriture donne de meilleures chances de survie. Le nourrissage a donc été traditionnellement une activité hivernale. Il y a cependant maintenant des tentatives de promouvoir une assistance tout le long de l’année à des oiseaux privés de leurs milieux naturels ; en effet, en G-Bretagne, la survie des certaines espèces a été mise sur le compte du nourrissage dans les jardins.

Il n’y a cependant aucune région australienne où les conditions hivernales correspondent à celles d’Europe ou d’Amérique du Nord. En effet , il n’y a pas de preuve de l’influence du climat sur la survie des oiseaux en hiver. De plus la plupart des nourrisseurs le font toute l’année et attirent principalement des espèces communes qui réussissent bien en milieu suburbain . Dans le contexte australien, il est donc difficile de prétendre que le nourrissage aide à « augmenter la survie d’oiseaux vulnérables ».

à Pourquoi les gens nourrissent-ils les oiseaux ?

On aurait pu s’attendre à ce que les chercheurs posent cette question assez évidente. En fait, il semble que la réponse est trop évidente pour être posée : les gens nourrissent les oiseaux pour les voir de plus près. Mais encore ? P.Howard a interviewé des nourrisseurs à Brisbane. Sa première impression est celle d’une passion et d’un engagement : ces gens se soucient réellement de « leurs » oiseaux et consacrent beaucoup d’efforts et de temps, sans parler d’argent - à approvisionner leurs visiteurs sauvages. Pendant que la majorité reconnaissait qu’ils nourrissaient les oiseaux car « ils leur donnaient du plaisir », une proportion significative mettait en avant une sorte de « réparation » des dégâts faits par l’Homme sur la nature. Typiquement : « Nous avons fait tellement de dégâts à l’environnement. Je voulais donner quelque chose en retour à la Nature ».

Cette étude montre aussi que beaucoup de nourrisseurs se sentent très concernés par l’impact possible de cette pratique sur les oiseaux. Beaucoup listent les mêmes sujets que les opposants au nourrissage - maladies, mauvaise nourriture, aide aux « mauvaises » espèces - mais, tout en connaissant l’attitude « officielle », semblent ne pas pouvoir ou vouloir demander conseil.

àLe nourrissage encourage-t-il le « bludging » (paresse en argot) ?

L’un des points les plus importants aussi bien pour les opposants et les défenseurs du nourrissage est la possibilité que les oiseaux deviennent dépendants des sources artificielles de nourriture.  Un nourrisseur disait « Je ne veux pas en faire des « feignasses de chômeurs » (traduction libre de « dole bludger »). Potentiellement, les oiseaux qui deviendraient dépendants à la nourriture fournie par l’homme pourrait perdre la possibilité de trouver ses aliments naturels, être perturbés si la source de nourriture régulière et d’accès facile venait à disparaître et même mourir de faim à long terme. Certains pensent même que s’ils partaient en vacances pour une période un peu longue, les oiseaux souffriraient et mourraient. Ce sujet a été inscrit dans la « Règle d’Or » du nourrisseur : une fois que vous commencez, vous ne pouvez plus vous arrêter.

Cette question a été étudiée chez une espèce très souvent nourrie dans les jardins suburbains : la Pie d’Australie. De nombreuses études montrent que beaucoup de pies urbaines exploitent la nourriture de leurs généreux voisins humains. Nous pensions que la disponibilité du fromage, viande hachée, saucisse ou croquettes pour animaux était si grande que la difficile recherche de vers de terre ou de larves serait vite oubliée. Plus, nous pensions que l’élevage d’une nichée pleine de jeunes en permanence affamés aurait rendu l’usage des mangeoires irrésistible à l’approche de l’envol. En fait, à notre grande surprise, bien que la nourriture humaine soit utilisée, la majorité de la nourriture, aussi bien des adultes que des jeunes, était formé d’invertébrés. Notre impression fut que la nourriture artificielle était plus ou moins utilisée comme un casse-croûte, un café et un Tim-Tam (barre chocolatée) incapable de nourrir des jeunes. Tant mieux si vous pouvez en profiter par un petit matin frisquet mais pas essentiel. Cette étude fait partie d’un ensemble international de recherches dont aucune n’a montré que les oiseaux - du moins les adultes nourrissant des jeunes - ne sont devenus dépendants de la nourriture artificielles. Partout la nourriture naturelle reste dominante. Les conséquences sur les jeunes nourris depuis leur naissance à proximité de mangeoires sont encore à l’ étude.

Ce ne sont pas les oiseaux qui sont devenus dépendants à la nourriture humaine, ce sont les humains qui deviennent dépendants : ils sont persuadés qu’ils permettent à la nature de fonctionner, quand en fait, ils ne font que lui fournir un sandwich. Les convaincre de ce fait sera l’un de nos plus grands défis !

à Est-ce contaminant ?

Un des sujets associé avec le plus de certitude au nourrissage est qu’il facilite la dispersion des maladies. Par nature les mangeoires attirent inévitablement beaucoup d’oiseaux ensemble, parfois en grande densité. Si des individus infectés sont concernés, la dispersion des microbes sera très probablement augmentée, surtout si les matières fécales sont mélangées avec la nourriture. C’est pourquoi  l’hygiène des lieux de nourrissage est un sujet majeur, faisant l’objet d’une attention soutenue dans la littérature et dans les conseils prodigués par ceux qui défendent le nourrissage. Néanmoins, la propreté des mangeoires est virtuellement impossible à obtenir et nombre d’études récentes ont pointé des niveaux élevés d’hygiène insuffisante.

L’attention à ce sujet a été augmentée par l’épidémie bien documentée de Trichomonas chez les Verdiers de Grande-Bretagne et de Mycoplasma conjuntivitis chez le Roselin familier ( Carpodacus mexicanus - House finch), la dispersion ayant été fortement corrélée dans les deux cas avec les mangeoires. Ironiquement, les études détaillées de la géographie et de l’intensité de la contagion de la « Maladie du Roselin » sont fondées principalement sur les rapports des participants au Projet « Feeder Watch », un réseau  très apprécié des amateurs qui enregistrent les oiseaux qui visitent leurs mangeoires. Ce projet et des projets du même genre en Grande-Bretagne ( Garden BirdWatch) ont fourni des informations inestimables sur des sujets très variés qui seraient restées hors de portée des chercheurs.

En Australie, les principales maladies concernées sont une forme virulente d’entérite et la «  Maladie des plumes et du bec des psittacidés », qui affectent toutes les deux les Loris : on considère généralement que l’extension et la prévalence de ces maladies  sont liées à la mauvaise hygiène des mangeoires. Actuellement, les épidémies de ces infections semblent localisées à la périphérie de Sydney, bien que des cas soient périodiquement rapportés au travers de l’Australie.

àTrop d’alarme tue le message

Les arguments impliquant de telles épidémies chez les oiseaux fréquentant les mangeoires sont indéniablement forts et logiques : les infections sont beaucoup plus probables dans des conditions d’affluence. Pour une large majorité  des personnes engagées dans le nourrissage, ces évènements gênants arrivent presque toujours ailleurs. La plupart des nourrisseurs ne voient jamais la chair pourrissante, les becs déformés ou les plumes manquantes des oiseaux malades. De même, très peu peuvent témoigner de l’effet d’une plus grande prédation, d’une nourriture inadéquate, de la perte des techniques de nourrissage ou des quelques-unes des nombreuses menaces avancées par les opposants au nourrissage.  Leur évidence est improbable à cause de leur effet à long terme et additif, leur rareté ou de leur incapacité à interpréter leurs observations. Ou, bien sûr, parce qu’il est possible qu’elles ne se réalisent pas.

Le contraste apparent entre l’annonce de terribles effets du nourrissage par les opposants et l’absence de ceux-ci dans l’expérience de la plupart des nourrisseurs réduit l’efficacité des tentatives le nourrissage. C’est un phénomène banal dans beaucoup de situations où le discours officiel contredit l’expérience personnelle ( le syndrome «  Le tabac nuit à la santé , mais pas à la mienne »). Le résultat peut être une réduction de l’autorité du discours perçu, surtout si l’avis est trop sur le ton du jugement. Pour beaucoup de nourrisseurs qui se soucient clairement de leur interaction avec la nature, de telles condamnations sont des preuves évidentes d’un mépris sans cœur « pour les choses vraiment importantes ». Une approche éducative qui débute par une reconnaissance de la forte motivation éthique de la plupart des nourrisseurs a probablement plus de chances d’être efficace qu’une désapprobation officielle.

à Tout nourrissage change les choses

Bien que très peu d’études ont été conduites spécifiquement sur les effets du nourrissage de la faune suburbaine, un grand nombre de recherches ont été entreprises sur le rôle de la nourriture dans l’écologie des animaux. Ces études ont étudié l’impact de l’apport d’un supplément de nourriture à un vaste éventail d’espèces, et sont particulièrement utiles pour déterminer dans quelle mesure de la nourriture supplémentaire peut aider au sauvetage d’espèces en danger. Bien que ces études ont étudié divers aspects de l’écologie et du comportement, certaines conclusions sont si partagées qu’elles sont virtuellement générales. Globalement, fournir de la nourriture - même en quantité modeste - amène à nicher plus tôt, à faire plus de tentatives de nidification et à la production de plus de jeunes par saison. Seules une poignée d’études de ce genre ont été conduites en milieu suburbain mais tous ont des conclusions semblables : un peu d’apport, spécialement juste avant la ponte, amène à une activité reproductive plus précoce et plus productive parmi de nombreuses espèces.

Etant donné ces résultats, il n’y a pas de doutes que le nourrissage de l’avifaune suburbaine altère la nature des communautés locales d’oiseaux. Pour les espèces assez intelligentes, hardies et agressives pour profiter de ces apports, il est extrêmement probable qu’elles ont augmenté en effectifs.  Au contraire, les espèces qui tolèrent moins les humains ont sans doute du mal à entrer en compétition : les fringilles locaux, par exemple, qui pourraient exploiter toutes les graines fournies, semblent rarement le faire en banlieue. Mais ce sont seulement des hypothèses et suggestions du moment ; pour améliorer notre compréhension, il faudra des études spécifiques.

Indépendamment de nos opinions personnelles sur le nourrissage, il n’y a aucun doute que le nourrissage va continuer et très probablement augmenter. Les gens n’ont pas tendance à arrêter de faire ce qui leur fait plaisir. Et contrairement à nos mythologies, les Australiens sont parmi les sociétés les plus urbanisées du monde : la plupart d’entre nous vivent en grande ville, qui vont continuer à s’agrandir et submerger le bush environnant. Le processus global d’urbanisation augmente la distance entre les gens et la nature, aboutissant à ce qu’on a appelé «  la fin du contact ». Certains s’inquiètent profondément de l’avenir d’une éthique de la conservation quand de plus en plus de gens ne peuvent - ou ne veulent - pas entrer en contact avec la nature, particulièrement sous la forme de la faune sauvage. Pouvoir attirer et interagir avec des visiteurs sauvages apparaît comme un antidote facile à la mise à l’écart des urbains vis-à-vis de la « nature sauvage ».

Le nourrissage va continuer, même si les gens plutôt que les oiseaux en seront les principaux bénéficiaires. Ce dont ceux qui nourrissent les oiseaux ont besoin sont des conseils sur la manière de le faire en minimisant le plus possible les risques et dommages pour les oiseaux tandis qu’augmente la pratique populaire.

06.01.2011

Effet du nourrissage de printemps sur le reproduction des mésanges

Il y a 2 ans et demi je résumais un papier sur le pb du nourrissage :

Feeding birds in our towns and cities: a global research opportunity

Darryl N. Jones and S. James Reynolds

 J. Avian Biol. 39: 265_271, 2008 

dont le résumé est consultable en cliquant ici 

Ce papier concluait en disant qu'on connaissait mal les conséquences à long terme du nourrissage régulier des oiseaux.

Deux articles montrent effectivement que l'étude de ces conséquences peut apporter des surprises :

Does food supplementation really enhance productivityof breeding birds?

Timothy J. E. Harrison · Jennifer A. Smith ·Graham R. Martin · Dan E. Chamberlain ·Stuart Bearhop · Gillian N. Robb · S. James Reynolds

Oecologia (2010) 164:311–320

Mésanges bleues mangeoire mars 2010 red.jpg

Les auteurs étudient les conséquences sur la reproduction de mésanges bleues et charbonnières de forêts de feuillus(équipées de nichoirs) du centre de l'Angleterre sur 3 saisons (2006-2008).La nourriture a été fournie  de mi-mars à fin juillet avec un supplément à partir de mi-mai ( éclosion). Cette étude ne parle que de la première période ( mi-mars à mi-mai). 3 zones ont été étudiées chaque année : 2 avec nourrissage et une sans nourrissage, avec rotation des 3 zones chaque année.

Les auteurs ont trouvé que le nourrissage réduit la taille des nichées ( d'au moins d'un demi-poussin à l'éclosion), par réduction de la taille de ponte (0,4 œuf chez la M.bleue et 0,7 chez la charbonnière) et, chez la mésange bleue, la diminution du succès de l'éclosion (-1,4%). Plus classiquement , ils montrent aussi une ponte plus précoce ( de 2 jours chez la Mésange bleue et de 3 chez la charbonnière) et une durée de couvaison plus brève ( de manière variable selon les années chez la M.bleue et les 3 années chez la charbonnière)

L'avancement de la date de ponte peut être due à la facilitation de la constitution des réserves contenues dans les œufs. La réduction des tailles de ponte est peut-être due à la composition de la nourriture ("gâteau d'arachide" fait de saindoux et d'arachide) peu riche en protéine (ou en certains acides aminés indispensables). Une petite ponte permet une éclosion plus précoce ce qui semble avantageux par une meilleure adéquation avec le pic de chenilles, mais cela ne compense pas la perte de recrutement par rapport aux grandes couvées, d'autant plus qu'il n'y a pas eu de 2ème couvée chez la M.bleue et très peu chez la charbonnière. Ce n'est pas non plus la différence de densité qui explique la baisse de la fécondité : il n'y a pas de différence significative chez la M.bleue et elle est même plus faible dans les zones sans nourrissage chez la M. charbonnière ! De même, la taille de ponte diminue habituellement avec une ponte tardive, or le nourrissage rend les pontes plus précoces !

La réduction de la période de couvaison peut être due au fait que les femelles, mieux nourries avant la couvaison, ont moins besoin de temps passé à se nourrir, elles couveraient donc plus. La couvaison commence plus tôt par rapport à la ponte du dernier œuf , ce qui risque d'augmenter l'asynchronie des éclosions et en réduit le succès.

Cette expérience présente des similarités avec le mode de vie des mésanges urbaines : il y a souvent du nourrissage, elles pondent plus tôt et moins d'œufs. Mais il faut être prudent car il y a d'autres facteurs qui peuvent intervenir en ville ( température plus haute et qualité de la nourriture en particulier).

 

 

Wild bird feeding delays start of dawn singing in the great tit

Katja Saggese, Fränzi Korner-Nievergelt, Tore Slagsvold, Valentin Amrhein

Animal Behaviour in press(2010), doi:10.1016/j.anbehav.2010.11.008

 

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Le nourrissage d'hiver a montré qu'il provoquait dans la saison de reproduction suivante des pontes plus précoces et un meilleur succès d'envol, par exemple chez la M. bleue. Cependant,  les oiseaux en ville sont de plus en plus souvent nourris toute l'année. L'introduction de nourriture dans le territoire d'un nicheur peut avoir des conséquences sur son comportement en augmentant le nombre d'oiseaux attirés d'où une plus grande défense du territoire. Il a été aussi montré que le nourrissage des mâles augmente l'émission de chants pendant la journée.

L'étude porte sur le chant des mâles de M. charbonnière : d'habitude ils montrent au début du printemps un pic de chant un peu avant le lever du soleil. Un nourrissage pendant 1 à 5 jours provoque un chant plus matinal et plus important chez le merle, le zosterops et la mésange à tête noire (chickadee).

L'étude a été menée dans une zone équipée de nichoirs de 1,6km² des alentours d'Oslo (Norvège) du 7 mars au 30 avril 2007. Elle a permis de suivre 28 mâles bagués couleur (14 avec nourrissage et 14 sans ). Chaque mâle était observé 3 fois avec 16-17 jours entre les observations : la première vague d'observation (7-27/3) servait de témoin sans nourrissage. Aussitôt après commençait le nourrissage pour la moitié des mâles jusqu'à la 2ème observation (24/3- 13/4 soit de 33 à 8 jours avant la ponte du 1er œuf) à la suite de laquelle était retirée la mangeoire. 17 jours plus tard avait lieu la 3ème observation (10-30/4). Chaque mâle nourri était observé le même jour qu'un mâle non nourri et une mangeoire vide était posée dans le territoire de celui-ci.

L'heure du 1er chant était notée et la production était mesurée par l'addition des durées des différentes strophes chantées entre 1h avant et 1 h après le lever du soleil.

Les différences de date et de taille de ponte entre couples nourris et non-nourris n'étaient pas significatives.  Les mâles de l'année chantaient moins que les adultes.

Les mâles nourris chantaient significativement plus tard que les autres, avec plus de 20mn de différence : 36% ne commençaient qu'après le lever du soleil contre 10% des autres. L'effet perdurait lors de la 3ème session d'observation (environ 15mn de décalage), après 17 jours sans nourrissage. Il n'y avait pas de différence significative de production totale de chant entre mâles nourris et non-nourris.

Ce retard n’est pas dû au fait que les oiseaux pouvaient se nourrir à la mangeoire plus tôt que dans la nature : aucune mésange n'a été vue le faire avant le lever du soleil. Peut-être que cette énergie plus facilement disponible permettait aux mésanges d'attaquer les intrus  au lieu de les intimider par le chant. Il est possible aussi que la concentration d'oiseaux attirés par la mangeoire attire aussi les prédateurs (épervier et chevêchette) et qu'il est plus prudent d'attendre avant de chanter, mais cela n'explique pas l'effet à long terme.

La présence de mangeoire peut attirer des femelles qui risquent des copulations hors couple, ce qui peut occuper le mâle "titulaire" du territoire au lieu de chanter et cela lui évite aussi de chanter pour retenir "sa" propre femelle, moins tentée d'aller ailleurs. Inversement, le nourrissage peut réduire les performances du mâle si les femelles fondent leur choix extraconjugal sur la vigueur du chant matinal.