28/06/2007

Evolution des oiseaux de Bruxelles


Analyse des résultats 1992 - 2005 de la surveillance des oiseaux nicheurs "communs" dansla Région de Bruxelles-Capitale

Anne WEISERBS & Jean-Paul JACOB
Aves, 44/2 (2007): 65-79

 

On a trouvé 103 esp. pour l'atlas de Bruxelles 2000-2004 dont une dizaine d'exotiques.
Le terme "Bruxelle-Capitale" s'applique à une région de 160km2 environ qui déborde très largement du cadre strictement urbain. On y trouve en particulier une partie (16 km2) de la forêt de Soigne.

Méthode:  Indice Ponctuel d'Abondance (IPA) adapté au milieu urbain: nombre de stations limité et durée plus longue (15 mn) sans limite de distance de détection. 2 relevés par point (20/3-20/4 et 15/5-15/6) par bonne condition météo dans les 4h après le lever du soleil . 90 points retenus pour l'analyse, choisis pour représenter tous les milieux, mais pas tirés au sort. Seulement qq points en milieu fortement urbanisés.

Résultats (les variations sont données en % par an):
- 6 espèces - Ramier (12,5% des obs), Corneille (+ de 10%), Merle,Troglo, Biset, Mésange charbo - représentent au total plus de 50% des obs
- 10 esp en diminution dont 3 en baisse marquée : Més.boréale (-7,2%), R. verderolle (-10,9%) et le Verdier (-11,9%). Baisse plus modérée : T.turque, Fitis, Accenteur, Grive musicienne et le Merle. Par des mesures en présence/absence, baisse aussi très nette du Moineau (-12,3%) et un peu de l'Etourneau (-3,4%)
-12 esp en augmentation : Roitelet huppé (7,7%) et aussi Pic vert, Rougegorge, Mb, Charbo, Grimpereau et Corneille. L'augmentation du Biset (+12,6%) doit être prise avec prudence vue la difficulté  d'évaluer les effectifs de l'espèce. Les comptes en présence/absence donnent aussi une forte augmentation de la perruche (9,4%) et du Choucas (12,9%). Modérée chez la Mes. à longue queue (4,7%)
-8 esp stables: Ramier, martinet, Epeiche,Troglodyte, F. à tête noire, P.véloce,M. nonnette, Sittelle

- divergence ville/forêt : pour l'Accenteur et le Merle, baisse en ville mais augmentation en forêt de Soignes ; le P.véloce est stable en ville mais augmente en forêt; Grimpereau et Corneille en progression en ville(6,5% et 3,5%) et stables en forêt de Soigne.

Discussion :
- ce sont surtout les espèces cavernicoles qui se développent. Il y a très peu d'espèces nichant au sol ou tout près, et très peu de migrateurs (3 au long cours et 3 à moyenne distance)
- assez peu de granivores (baisse T. turque, Verdier et Moineau, faible effectif du pinson
- diminution des esp exigeantes en terme de milieu (M.boréale, R.verderolle, P.fitis)
- souvent tendances opposées entre Wallonie et Bruxelles (T.turque,Accenteur et dans l'autre sens Choucas et roitelet) ou stable dans l'une et variable dansl'autre.

21:01 Écrit par Fr dans régions urbaines | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/06/2007

Le Faucon pèlerin en ville

Le Faucon pèlerin niche dans presque toutes les capitales européennes : Londres, Bruxelles, Berlin, Prague, Varsovie, Rome, etc.

A Paris, il ne niche toujours pas, malgré la présence de 2 nichoirs posés sur les tours de la BNF, qui ont fait la joie d'un couple de crécerelles.... 

 

Nidification du Faucon pèlerin sur les édifices

Olivier G. 1953

O.R.F.O. 23: 109-124

 

A part un cas en Suède et un au Danemark, il n'y avait pas  à cette époque  de nidification certaine connue sur des bâtiments en Europe de l'Ouest (mais quelques cas probables au R-Uni et en Allemagne).Des séjours sur des bâtiments sont observés en plusieurs endroits (dont Paris et Limoges au début des années 50)

En revanche, il y a plusieurs cas connus aux Etats-Unis avec une première nidification réussie à New-York sur un building en 1945, suivie d'autres cas ailleurs (Baltimore, Washington, Los Angeles, etc.). Mais le premier cas nord-américain est québécois : Montréal en 1928.

 

[Il faudra attendre 2001 pour avoir un cas urbain en Amérique du Sud (Lima), in Nos Oiseaux 48 : p.287 ]

 

Geringe Distanz zwischen zwei Paaren des Wanderfalken Falco peregrinus in Basel

Marc Kéry, Kurt Pulfer und Georges Preiswerk

Der Ornithologische Beobachter 102: 1-4

 

6 nichoirs ont été installés à Bâle au début des années 90'. Ils ont été le plus souvent utilisés par des crécerelles, mais depuis 1995 un couple de pélerin niche régulièrement sur une tour de 105m de haut. Peut-être dès 2002 et de manière certaine en 2003, un autre couple s'est établi avec succès à 520m de là, sur une tour de 78m.

Les oiseaux ne peuvent se voir directement depuis l'intérieur des nichoirs, mais le peuvent dès qu'ils en sortent.

En 2005 (et peut-être déjà en 2004) le 2ème couple s'éloigna à 1130m de distance.

En Suisse, la distance moyenne en sites naturels entre 2 nids est de 1,5 km environ, entre 1 et 1,5 km dans le Jura français, mais des cas de proximité plus grande sont connus ("record" : 190m).

Le plus souvent, ce genre de proximité ne donne pas une situation stable....

12:17 Écrit par Fr dans rapaces urbains | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/06/2007

Les oiseaux urbains chantent plus haut et plus fort

Birds sing at a higher pitch in urban noise

 Hans Slabbekoorn et Margriet Peet

Nature|vol 424 | 17 July 2003  p. 268

 

 

Des travaux à Leyde (Pays-Bas) sur la Mésange charbonnière ont montré des amplitudes sonores variant de 42 à 63 décibels d’une zone résidentielle très calme à un quartier très bruyant près d’ un carrefour ou d’un aéroport.

Si on mesure la fréquence minimum du chant de chaque mâle, on note que les mâles des zones bruyantes ont une fréquence minimum moyenne supérieure (= moins grave) que ceux des zones calmes.

Est-ce un caractère génétique ? Les mésanges apprennent surtout leur chant par ce qu’ils entendent  dans leur environnement. Il est donc plus probable que les mâles aient appris à réduire l’amplitude de la fréquence de leur chant à l'écoute de leurs voisins.

En tout cas, cela montre - pour la première fois,semble-t-il - que l’environnement modifié par l’Homme peut modifier les signaux de communication chez les oiseaux. Cela peut provoquer des problèmes pour les espèces qui ne peuvent modifier leur vocalisation.

 

Cities Change the Songs of Birds

Hans Slabbekoornand Ardie den Boer-Visser

Current Biology 16, 2326–2331

 

Pour la Mésange charbonnière, les auteurs ont trouvé des chants plus courts et avec un rythme plus rapide ainsi qu’une quantité plus grande de chants atypiques en milieu urbain.

Sur 10 comparaisons entre ville et forêt environnante, de Londres à Prague et d’Amsterdam à Paris, ils ont trouvé une fréquence minimum à chaque fois plus forte en ville.

Il est rappelé que l’effet Lombard (chanter plus fort quand l’arrière-fond sonore est plus puissant) existe aussi chez les oiseaux urbains.

 Cela révèle une plasticité comportementale qui peut être une clé du succès en milieu urbain, dont l’insuffisance peut expliquer les effets négatifs exercés sur les communautés aviennes qui vivent dans les zones bruyantes des villes ou des bords d’autoroute.

21:28 Écrit par Fr dans urbanisation | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/06/2007

Le régime alimentaire du Faucon crécerelle en ville

Le régime alimentaire du Faucon crécerelle à Paris

Thibault 1968 , Alauda, 71(1) : 82-83

Analyse des proies du couple de St Sulpice : 44 oiseaux contre 64 micrommammifères

 

Nidification du Faucon crécerelle en 1975 à Paris sur l'église St Sulpice

Baudoin 1976, Le Passer 12:78-88

Analyse de pelotes à Paris et en région parisienne : 40% d’oiseaux à Paris contre 2% en R.P., 57% de micromammifères contre 86,6% en R.P.

 

Approche du régime alimentaire du Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) en milieu urbain (Paris intra-muros) et durant la période de reproduction

Quere JP 1990, Le Passer, 27 : 52-91

Sur plus de 1000 proies : 63,5% de mammifères (dont 75% de campagnols) et 32% d’oiseaux (95% de moineaux). Le pourcentage d’oiseaux augmente pendant la saison et devient dominant à partir de mai.

 

The kestrel (Falco tinnunculus L.) in Berlin: investigation of breeding biology and feeding ecology

Sonja Kubler,Stefan Kupko,Ulrich Zeller 2005, J Ornithol. 146: 271–278

A Berlin, 10 couples en nichoirs suivis de 2002 à 2004 (sur 200-250 couples environ sur le territoire de la ville-état).

Gradient très net du centre à la périphérie dans les restes de proies trouvées au nid: 70% d’oiseaux au centre contre 7% à la périphérie, les mammifères passant au contraire de 11% à 78%.

Les moineaux représentent 74% des oiseaux en centre ville, 42% à la campagne. A noter la présence dans la liste des proies de 13 Martinets (sur 540 oiseaux au total) et de 8 Perruches !

16/06/2007

Le merle des villes et le merle des champs

Merle caniveau R-Lenoir fev05 red

 

Le merle urbain est-il différent génétiquement du merle rural ?

 

Is urbanisation of European blackbirds (Turdus merula)

associated with genetic differentiation?

Jesko Partecke  Eberhard Gwinner Staffan Bensch

J Ornithol (2006) 147:549–552

 

En étudiant certains segments d'ADN , ils ont montré qu'il n'y avait pas de différence significative entre les merles urbains et ceux des forêts environnantes.

On doit donc abandonner l'hypothèse d'une différenciation globale entre les populations urbaines et forestières.

Cela n'empêche pas que certains caractères génétiques puissent être sélectionnés en ville : calendrier des activités des gonades, activité migratoire et même le déclenchement des mues par la photopériode.

Rq: Erz (1964) pense que les populations urbaines de merle ont besoin d'être renforcées régulièrement par des oiseaux ruraux alors que Batten (1973) a suivi à Londres une population qui était stable et produisait même un surplus de juvéniles.

 

 

Caractères génétiques du merle urbain

 

Increased sedentariness in european blackbirds following

urbanization: a consequence of local adaptation?

Jesko Partecke and Eberhard Gwinner

Ecology, 88(4), 2007, pp. 882–890

 

A l'aide d'oiseaux pris au nid en milieux urbain et forestier dans la même région et élevés dans des conditions semblables, les auteurs montrent des différences phénotypiques nettes entre les 2 populations :

- une agitation migratoire printanière nettement moins forte chez les mâles urbains que chez les mâles ruraux (pas de différence pour les femelles)

- un dépôt de graisse plus faible chez les mâles urbains que chez les ruraux

- les individus dotés d'un potentiel migratoire plus faible ont aussi un développement des gonades précoces, ce qui est une adaptation aux conditions plus favorables de la ville

 Il est à peu près certain que cette différence soit d'origine génétique.

 

Timing de la reproduction et contrôle hormonal ches les merles urbains

 

Underlying physiological control of reproduction in urban and

forest-dwelling European blackbirds Turdus merula

Jesko Partecke, Thomas J. Van’t Hof and Eberhard Gwinner

Journal of Avian Biology 36: 295/305, 2005

 

Etude sur des oiseaux vivant en 2 endroits distants de 40 km, dans un cimetière urbain à Munich et une forêt (1,46°C plus chaud, 7,42% d'humidité en moins et moins de pluie)

Le développement des gonades des merles urbains commencent en moyenne 3 semaines plus tôt que ceux des forêts environnantes (20j pour les mâles, 28 pour les femelles) alors qu'il n'y a pas de différence pour leur régression. En revanche il n'y a pas de différence entre le calendrier de sécrétion des hormones de la reproduction.

Discussion sur les causes possibles (climat ? interaction sociale due à la forte densité ? éclairage ? )