20/08/2007

La Pie dans les parcs urbains de Seine St Denis

Dynamiques spatiale et démographique de la pie bavarde Pica pica en France : implications pour la gestion.

F.Chiron 2007 Thèse Muséum d’Histoire Naturelle de Paris

 

Il n’est pas question de résumer ici un document de 300 pages, mais de signaler un certain nombre de points qui peuvent avoir un rapport immédiat avec le thème de ce blog.

 

Il est intéressant de signaler d’abord que cette thèse répond à une demande du Conseil Général de Seine St Denis (SSD) qui pensait que les pies étaient devenues trop nombreuses et qu’elles décimaient les jeunes oiseaux d’eau des parcs du département. Une première campagne de piégeage massif des pies s’était révélée inefficace et le département a demandé au Museum d’étudier la question.

En plus de ses relevés dans 4 grands parcs de SSD (surtout la Courneuve et le Sausset), F.Chiron a utilisé les résultats (nationaux et régionaux ) du STOC et ceux d’une enquête effectuée sur l’ensemble des espaces verts du département.

Données générales

La Pie est un oiseau en extension dans l’ensemble de l’Europe, sauf en France et en Russie. En France elle augmente en milieu urbain mais baisse de manière spectaculaire en milieux non urbains (« naturels » et agricoles).

La Pie se nourrit surtout d’invertébrés (1,6% des proies sont des vertébrés) et de déchets divers.. Territoires de 4-5 ha en milieu non-urbain, mais 1-2ha dans les parcs urbains de SSD où une densité de 1,3 ind/ha a été mesurée.

[Rq : la date moyenne de ponte  a avancé de 29 jours au R-Uni entre 1966 et 2003 ! ]

 

Pie Londres fev07

Dynamique des populations de Pie en SSD et en milieu urbain

La Pie s’installe d’autant plus facilement que le milieu est plus urbanisé, surtout si l’urbanisation est récente. Les parcs de SSD ont connu une augmentation exceptionnelle des effectifs de pies de 58% entre 2001 et 2003 (contre 28% pour l’ensemble de la Région Parisienne), sans doute suite à un arrêt du piégeage des années précédentes.

La réussite des nids est meilleure en milieu urbain, donc, même s’il n’y a pas plus d’œuf par nid, il y a plus de jeunes à l’envol en moyenne . La date de ponte est plus précoce en milieu urbain. La proportion d’immatures est inférieure en milieu urbain, ce qui laisse penser à une meilleure survie des adultes.

Une meilleure fécondité et une meilleure survie, cela pousse à penser que l’augmentation des pies en milieu urbain est due à des facteurs démographiques locaux plutôt qu’à une immigration (mais il aurait fallu mesurer les mouvements campagne-ville pour être affirmatif).

Ecologie des populations de Pie

- la croissance des effectifs de pies entre 2001 et 2003 a été plus forte dans les parcs urbains avec une végétation herbacée riche et abondante et la taille des territoires est plus petite quand l’apport de nourriture par l’Homme augmente.

-compétition avec la Corneille : même si la corneille peut prédater les nids de pies et rentrer en competition pour certaines ressources avec la pie (alimentaires notamment), à une plus large échelle la croissance ou le déclin des pies ne serait pas lié à cette autre espèce de corvidés : l’évitement entre les 2 espèces est plus dû à des exigences écologiques différentes.

-nombre de poussins négativement corrélé à la densité des autres couples de pie autour du nid : il y aurait une compétition (ou prédation ?) intra-spécifique.

Pies Courneuve

     Groupe de jeunes Pies au parc de la Courneuve 

Gestion des populations de pies et des autres espèces d’oiseaux

-pour étudier la prédation de la pie sur les passereaux, un retrait experimental de pies a été réalisé dans les parcs urbains (pies capturées et relachées en bonne santé loin en dehors de la zone d'étude pour éviter une recolonisation immédiate).  Ce retrait a provoqué la baisse des effectifs de 58% (mais il a fallu retirer 93 pies dans une zone où il y avait 31 couples ! ).

-le retrait n'a permis l'augmentation du nombre de jeunes que pour une espèce étudiée; la mésange bleue. Ceci est très surprenant car la mésange niche en cavité, donc à l'abri de la prédation par la pie. Par ailleurs, les espèces sensibles à la prédation par la pie (nichant dans des nids ouverts) n'ont pas produit plus de jeunes après le retrait des pies.

-comment expliquer alors ces variations? le retrait des pies aurait tout simplement créé un espèce libre de prédateurs, auquel est sensible la mésange qui aurait profité de cet espace libre.

-autre indice d'un effet limité de la pie sur les passereaux : en SSD, il n'y a pas de différence de proportion des juvéniles entre les milieux urbains - où il y a beaucoup de pies - et les milieux non-urbains - où il y en a peu

-la prédation sur les nids d’oiseaux d’eau est surtout due aux mammifères (rats en particulier) plus qu’aux corvidés (15-25% des cas de prédations).

16:40 Écrit par Fr dans Général | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |