30/09/2007

Le croupion blanc des pigeons les sauverait du Faucon pèlerin

Prey plumage adaptation against falcon attack

Alberto Palleroni, C.T.Miller, M.Hauser, P.Marler 2005NATURE|VOL 434 | 21 APRIL 2005 p.973-974

 

 

A l'aide d'observations dans la nature et d'expériences, les auteurs étudient l'efficacité de certaines colorations de plumage du Pigeon biset féral contre les attaques éclair du Faucon pélerin : le phénotype sauvage est gris-bleu avec un croupion blanc alors que les autres sont dépourvus de ce contraste net.

Pendant 7 ans, 1485 attaques par 5 adultes ont été suivies à Davis (Californie) plus 309 quand 3 d'entre eux étaient juvéniles. Etaient notés le phénotype du pigeon attaqué et le succès éventuel de l'attaque. La répartition des phénotypes des pigeons dans la population a été déterminée et il a été noté qu'elle correspondait à la répartition des phénotypes attaqués sauf pour le type "sauvage" significativement moins attaqué (les jeunes attaquaient tous les phénotypes conformément à leur répartition). En revanche,le phénotype sauvage est très peu attrapé, que ce soit par les adultes ou les juvéniles.Pèlerin Tours P_Cabard aut05
 Faucon pèlerin sur la cathédrale de Tours photo P.Cabard

En capturant plus de 750 pigeons de type "sauvage" ou sans croupion blanc, les auteurs ont interverti artificiellement leurs phénotypes et ont vérifié après les avoir relâchés que cela inversait les pourcentages de capture, les "sauvages" maquillés se faisant plus capturer que les autres au croupion teint en blanc.

C'est donc bien la tache blanche du croupion qui explique cette différence de capture : elle permettrait à l'oiseau de masquer le début de l'opération de dégagement qu'il effectue quand il est victime d'une attaque. Le pigeon pivote brusquement mais la tache blanche poursuit quelques fractions de seconde sa trajectoire pendant que les ailes ont déjà pivoté. Son attention fixée sur le croupion, le faucon réaliserait trop tard la manœuvre.Pendant les décennies où le Pèlerin a presque disparu, le phénotype "sauvage" a beaucoup décru mais après le retour du Pèlerin, pendant la durée de l'étude, la proportion de Pigeon au phénotype "sauvage" a significativement augmenté. En revanche, dans les villes de l'est du domaine eurasiatique d'origine du Biset où leur prédateur (F. sacre) les attaque en vol horizontal , le phénotype sauvage est absent.

Le retour du Faucon pélerin devrait donc faire augmenter la proportion du phénotype "sauvage" chez le Pigeon biset féral.

17:44 Écrit par Fr dans rapaces urbains | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/09/2007

L’impact des prédateurs sur l’avifaune urbaine

On disait, pour expliquer les densités record qu’on trouvait dans l’avifaune urbaine, que c’était entre autres une conséquence de la quasi absence de prédateurs. Quand on a vu arriver les corvidés et même les rapaces (épervier, voire autour !), on s’est demandé si cela n’allait pas faire diminuer certaines espèces-proies. Dans sa thèse (cf. le post précédent), F.Chiron montre que les pies ne semblent pas avoir d’impact majeur sur les populations de passereaux des parcs de Seine St Denis. Tomialojc est d’un avis très différent, à partir de l’exemple du Pigeon ramier en Pologne.

 

A long-term study of changing predation impact on breeding woodpigeons

 L.Tomialojc (1999) in D.P.Cownd et C.J.Feare (eds.) Advances in vertebrate pest management. Filander Verlag , Fürth . 

Tomialojc utilise pour sa démonstration une « expérience naturelle » : le suivi de 2 populations de Pigeon ramier pendant 25 à 30 ans, l’une (à Legnica) qui n’a jamais connu de prédateurs, l’autre (à Wroclaw) qui a vu l’installation de corneilles mantelées. La forêt de Bielowieza (forêt « primitive ») sert de témoin naturel avec des prédateurs.

En 1970, une étude d’un parc urbain à Wroclaw a montré une production moyenne de 3 jeunes /couple/an (similaire aux résultats de Legnica à la même époque), un taux de réussite des nids de 60% et une densité de 71c/10ha . En 1972 arrivent les premières corneilles. Depuis 20 ans, 4 à 5 couples nichent dans ce parc de 7 ha. Les effectifs de ramiers ont été divisés par neuf en 25 ans. Le taux de réussite des couvées est tombé à 6% environ. Les couvées précoces (avril-juin) qui réussissaient autant que les tardives (juillet-août) en 1970, réussissent 3 à 4 fois moins dans les années 90.

Ramier red

A Legnica, depuis 1970, les effectifs ont plus que doublé entre les années 60 et les années 90, l’augmentation ayant eu lieu en particulier après la destruction des nids de petits corvidés (pies, geai, freux). Aucune corneille ne s’y est établie.

Les effectifs en forêt de Bielowieza sont restés stables (autour de 1c./10ha) pendant cette période, avec un taux d’échec des nichées de 97% pour la première couvée.

Tomialojc distingue 2 types de prédateurs du Pigeon ramier : les prédateurs de nids principaux, capables de tuer un adulte sur son nid (Corneille, Martre, Autour, Hulotte, etc.) et les prédateurs de nids additionnels, capables de prendre les œufs ou les jeunes en cas d’absence des parents (rats, pie, geai, écureuil, etc.). Ce sont les prédateurs principaux qui sont supposés avoir un impact sur la population de pigeons. Tomialocj déduit de cette étude que ce n’est pas la disponibilité de la nourriture qui expliquait la densité des oiseaux urbains mais l’absence de prédateurs.  

Pour expliquer des résultats différents trouvés aux Pays-Bas (une bonne densité de pigeons malgré la présence de prédateurs), Tomialojc propose de considérer le statut des populations vis à vis de la migration : les pigeons polonais sont migrateurs et ne peuvent pas se reproduire très tard dans l’année alors qu’aux Pays-Bas, ils sont sédentaires et se reproduisent jusqu’en septembre ( voire octobre à Paris, commentaire perso.). La nidification tardive serait donc une adaptation à la présence des prédateurs , les nids étant mieux cachés quand les feuilles ont poussé.

 

19:36 Écrit par Fr dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |