22/01/2008

Le jeu chez les corneilles

Traduction , j'espère fidèle, d'un extrait d'un livre passionnant :

 

In the company of CROWS and RAVENS

J.M.Marzluff and T.Angell.(2005)Yale University Press. New Haven and London

(p172-175)

 

« Les corneilles jouent.Autrefois considéré comme réservé aux humains,le jeu a été trouvé de plus en plus chez les animaux, spécialement chez les animaux sociaux à longue vie comme les corneilles.On a vu de jeunes Corneilles américaines attraper du papier avec le bec, bondir vers le ciel, lacher le papier et se jeter dessus de nouveau.Notre éditrice Jean Thomson Black se souvient précisément d'une corneille de son jardin du Connecticut attrapant un jouet d'enfant en mousse et jouant à le secouer de son bec comme pour lui faire signe de la rejoindre pour un jeu de "tir à la corde". Des troupes de corneilles et de corbeaux planent les jours venteux des heures de suite, apparemment pour jouer.Ils utilisent la poussée du vent et montent faire des loopings, des tonneaux et des piqués. Ernest Good a observé des corneilles américaines plusieurs fois remonter au vent avec un effort considérable pendant 30secondes au moins et soudain se retourner pour prendre le vent et foncer au travers de la campagne. Sur les collines enneigées du Maine, le Grand corbeau joue avec des batons, des os ou d'autres objets. Mais surtout, ce qui frappe est son goût pour le "body-surf" sur la neige.  Nous les avons vu glisser le long d'une pente sur leur ventre uniquement pour se relever, revenir d'un saut en haut et recommencer...

Corneille mantelée sur bateau Istanbul red
 

Je t'emmène traverser le Bosphore sur mon bateau ? 

 

Lawrence Kilham a observé plusieurs cas de jeu apparent parmi des jeunes Corneilles d'Amérique en Floride. Il en a vu s'accrocher tête en bas à de la mousse et se balancer ,d'autres s'engager couramment dans des défis pour s'approprier des objets inanimés, branches  ou plantes, parfois emporter une brindille en l'air pour la lâcher et la rattraper avant d'atteindre le sol ou plusieurs fois faire rouler un crâne d'oppossum en bas d'une souche. Kilham a aussi observé des activités de type ludique entre des corneilles et d'autres animaux. Un thème constant de ces interactions était la danse : les corneilles apparemment imitaient la danse nuptiale des grues ou sautaient au-dessus d'animaux tels que des veaux ou des vautours. McCaw, le Grand corbeau apprivoisé de Tony Angell, a l'habitude de poursuivre son chien Husky. Cette sorte de jeu, surtout chez les jeunes corneilles, peut aiguiser la coordination qui sera plus tard nécessaire pour attraper une proie qui s'échappe, faciliter le développement de techniques sociales, leur faire connaitre leur environnement ou simplement satisfaire leur esprit curieux.    

Comme les corneilles interagissent avec les gens de plus en plus, elles commencent à jouer avec certains de nos propres jouets. Les Corneilles noires et Corbeaux de Levaillant (Jungle Crow-Corvus levaillanti) volent et jouent avec des balles de baseball, tennis et de golf. Le plus souvent ce jeu est rudimentaire et limité à quelques individus. On a toujours pensé que ces corneilles confondaient ces balles avec des oeufs ou des noix, mais une observation détaillée de Reiko Kurosawa, un spécialiste japonais des corvidés, suggère autre chose. Kurosawa était sur les courts du tennis de Tana City le 25 novembre 1993, en compagnie d'une trentaine de Corbeaux de Levaillant, quand deux d'entre eux s'approchèrent d'un des filets et se placèrent face à face. Un troisième oiseau arriva en vol, transportant une balle de tennis et la lança dans le filet. Au rebond de la balle hors du filet, les autres corbeaux l'ont regardée rouler. Kurosawa a aussi observé un autre corbeau faire rebondir une balle en caoutchouc sur un filet de baseball .

Que faisaient ces corbeaux en jouant à la balle ? Essayaient-ils juste d'ouvrir une nouvelle sorte de "noix" ou d' "oeuf" ?  Ou bien, est-il possible qu'ils imitaient le jeu humain? Kurosawa le suggère ...Si elle a raison, on peut s'attendre à voir se développer ce jeu dans le sens d'une activité plus interactive, plus sociale avec des corbeaux jouant à se passer la balle entre elles. Mais si les balles sont juste des "noix solides", on doit s'attendre à les voir les laisser tomber de plus haut sur des surfaces solides ou les placer devant les voitures pour les faire écraser. Le fait que les balles soient lancées contre des filets mous suggère qu'ils jouent vraiment et ne sont pas à la recherche de nourriture.Les implications de cette simple déduction sont étourdissantes; le jeu de balle est un début primitif de transmission culturelle interspécifique. Le comportement de quelques corbeaux a pu se diversifier en incluant le jeu de balle venu des humains. Si le jeu de balle se répand chez les corbeaux, nous pourrons conclure que la culture des corbeaux a adopté un aspect de la culture humaine. »

18:36 Écrit par Fr dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/01/2008

Goélands et Pèlerin napolitains

  Maurizio Fraissinet a eu l'amabilité de m'envoyer 2 articles sur les oiseaux de Naples, dont voici un résumé 

Il Gabiano reale mediteraneo Larus michahellis nidificante a Napoli
Maurizio Fraissinet & Davide De Rosa
Alula XIII (1-2): 163-170 (2006)

Le Goéland leucophée a commencé à s'établir en milieu urbain au début des 70'. En Italie le phénomène a atteint un niveau important, aussi bien en bord de mer qu'à l'intérieur des terres, avec plus d'une centaine de couples à Trieste et Rome.
A Naples, la colonisation a commencé à la fin des année 80 ( 1ère nidification constatée en 1990). Voici les résultats obtenus à l'occasion 2ème Atlas des oiseaux nicheurs et hivernants de Naples (2006)
La ville de Naples comprend 1M hab répartis sur 117km2 presque entièrement urbanisés,elle est disposée en amphithéatre sur la mer, de 0 à 450m d'altitude, pour une longueur de 8 km de long.
En 2005, on a trouvé 75-79 couples nicheurs (14 en 1990, 30 en 1995), 54% en falaises naturelles et 45% en milieu nettement anthropique [22% des carrés de l'atlas occupés en 2000-2004 contre 2% en 1990-94].

Sites de nids :sur les 34 nids en milieu anthropique, 12 ont été construits sur des toits en tuiles et 18 sur des toits en ciments.
Productivité : 2,55 oeufs/nids, succès reproductif de 66,4% (1,8 jeune envolé/nid), pas de différence entre milieu naturel et urbanisé.
Eclosion : 20/4-20/5(principalement 25/4-5/5); envols : 25/5 - 20/7(principalement au mois de juin), les dates sont plus homogènes en milieu anthropique et plus étalées en milieu naturel
Nourriture : couples "naturels" presque uniquement poissons
                     couples anthropisés : pigeons (70%), poissons(20%),déchets (10%) [sans compter un couple nourri à la mozarelle (di bufalla s'il vous plait! ) par une habitante !.....]
Distance entre les nids beaucoup plus grande en milieu anthropique qu'en falaise : sur les toits,il n'est pas possible de constituer une vraie colonie avec des couples séparés de qq mètres comme en falaise.
Ces résultats recoupent ceux précédemment trouvés à Triestre, à Barcelone et dans un certain nombre de viles anglaises


LA DIETA DI UNA COPPIA NIDIFICANTE DI FALCO PELLEGRINO (FALCO PEREGRINUS) IN AMBITO URBANO A NAPOLI
Maurizio Fraissinet & Davide De Rosa

Atti Mus.  Civ. Stor. Nat. Trieste (15/12/2005)

En 2007, 5 couples de Faucons pèlerins ont niché à Naples, dont un depuis 4 ans sur un balcon au 17è etage d'un immeuble. Il a été suivi grâce à une webcam.
4 oeufs ont été pondus de manière asynchrone à partir de fin février, éclosion à partir du 6/4 de 3 oeufs, envol de 2 poussins les 18 et 29/5

Analyse de 64 proies étudiées

Espece N % % Biomasse
Pigeon biset 19 29,69 56,71
Moineau italien 8 12,50 2,46
Caille 7 10,94 7,22
Merle 6 9.38 6,11
Tourterelle des bois 5 7,81 6,96
Martinet 5 7,81 2,16
Tourterelle turque. 2 3,13 4,07
Loriot 2 3,13 1,34
Passereaux non identifiés 2 3,13 0
Fauvette orphée 1 1,56 0,1
Bergeronnette grise 1 1,56 0,2
Pinson des arbres 1 1,56 0,23
Chouette hulotte 1 1,56 4,67
Epervier 1 1,56 2,07
Pie 1 1,56 2,25
Pipistrelle 1 1,56 0,05
Rat surmulot 1 1,56 3,3
Total 64 100 100

 

A noter l'importance du pigeon et la représentation relativement faible des espèces migratrices (35% des ind capturés). Originale, la capture d'un rat sumulot, sans doute près du marché de fruits et légumes.