05/06/2008

Faut-il nourrir les oiseaux sauvages ?

Feeding birds in our towns and cities: a global research opportunity

 

Darryl N. Jones and S. James Reynolds

 

 J. Avian Biol. 39: 265_271, 2008  

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43-52% de ménages aux USA, 34-75% au R-U et 38-57% en Australie propose au moins parfois de la nourriture aux oiseaux dont la moitié chaque jour. Aux USA, 82 M de personnes distribuent 450 M de kg de graines d’une valeur de 3,5 Mds $ (+ 730 M $ pour le matériel afférent…).Du nourrissage en hiver seulement on commence à passer au nourrissage toute l’année.

L’importance de la nourriture dans la dynamique des populations et le comportement des espèces ainsi que l’utilisation du nourrissage pour aider des populations en danger ou concentrer des populations dans divers buts sont bien connues.. La plupart des études montrent que la supplémentation de la nourriture avance la date de la reproduction, allonge la période de reproduction et augmente le nombre de jeunes produits.

Et pourtant, malgré la généralisation de cette pratique, remarquablement peu de choses sont connues sur les conséquences à long terme du nourrissage des oiseaux sauvages par les particuliers.

Les auteurs décrivent certaines publications importantes sur le sujet, soulignant qu’il est grand temps de se pencher sur cette question.

 

Pourquoi nourrir les oiseaux ?

 

D’abord pour se faire plaisir…mais aussi, disent beaucoup de nourrisseurs pour réparer les dégâts faits par l’Homme à la Nature. Le plaisir personnel tend à être nié pour mettre en avant l’avantage pour la faune, spécialement au R-U où de nombreuses espèces en danger habitent beaucoup en jardin (G. musicienne ).

Mais il y a beaucoup de débats sur la question…

Mésange bleue mangeoire red

 

Impacts du nourrissage

 

Alors que le nourrissage augmente probablement la survie de certaines espèces, il concerne essentiellement des espèces très abondantes et répandues et pourrait favoriser des espèces introduites (Moineau en Australie, Perruche au R-U). Cela favoriserait aussi certaines espèces au comportement dominant sur les nourrissoirs contre des petites espèces plus timides, ce qui impliquerait le nourrissage dans une certaine baisse de la biodiversité.

Autres conséquences possibles : mise sous dépendance des oiseaux sauvages, développement de maladies, impact d’une nourriture de mauvaise qualité, modifications des déplacements et migrations, développement d’une agressivité interspécifique et face aux humains.

Sur la dépendance, des pies australiennes apportaient à leurs jeunes au nid 87% de nourriture naturelle malgré la présence de nourrissoirs. Il y a cependant des cas laissant à penser à des dépendances des oiseaux, mais pas d’études probantes.

Des études sur le Geai bleu et la Pie australienne ont montré une avancée de la date de nidification de 17 et 13 j respectivement chez les populations nourries. En milieu urbain, on a aussi souvent montré une augmentation du nombre de nichées, de la survie des individus et souvent, mais pas toujours du succès reproductif, en impliquant, mais sans preuve, le nourrissage.

Bien peu est connu sur l’influence à long terme de la qualité de la nourriture (pain ou au contraire à haute qualité nutritionnelle).

Des cas de maladies ont été attribués aux concentrations créées par des nourrissoirs (Trichomonas chez les Fringilles en 2006 en Europe, une conjonctivite à Mycoplasmes chez Carpodacus mexicanus  aux USA). Cela a même une fois poussé un service officiel (en Californie) à demander la suspension temporaire du nourrissage.

 

Défendre ou dénigrer le nourrissage

 

En Australie, au vu des risques supposés, certaines personnes et organismes découragent toute forme de nourrissage, et pas seulement dans les réserves.

Dans l’hémisphère Nord, on encourage plutôt le nourrissage en donnant comme raison les avantages pour les oiseaux et le plaisir des humains, mais aussi l’intérêt du contact avec la Nature qui pousse ensuite à la défendre.

Collège mangeoire

Une mangeoire permet de sensibiliser un public nouveau 

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Ces divergences mettent en avant le faible niveau de connaissances scientifiques sur la question.

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 Conclusion 

Ce qui est certain, c’est que le nourrissage influe sur la reproduction des oiseaux : de manière importante ? en bien ou en mal ? on ne le sait pas …

Malgré tout cette pratique est sans doute appelée à se répandre chez les Occidentaux urbains.

Le développement des opérations de « Science citoyenne » donne des possibilités nouvelles d’étude de l’impact du nourrissage mais elles posent des problèmes méthodologiques délicats.

Pour étudier l’importance de la qualité de la nourriture, il est important de déterminer le pourcentage que représente la nourriture artificielle suivant les espèces et les saisons.

Il est important que les chercheurs urbains intègrent la question du nourrissage dans leurs recherches.

Commentaires

Excellent article ! Peut-être devrait-on, quand on le peut, améliorer les ressources naturelles à une mesure individuelle : moins de pelouses plus de prairies, fleurs, mauvaises herbes pour les insectes, en bref favoriser un biotope qui permettrait ainsi un nourrissage indirect !

Écrit par : Fran | 05/06/2008

très bon article il est surtout très important de ne pas les nourrir en été, ce qui pourrait les dérégler à vie et alors les faire mourir de faim, le jour où vous arrêterez de les nourrir. En hiver, c'est moins grave, cela les aide plus, et ils sont après habitués à n'avoir à manger qu'à cette période. Pour ceux qui donnent déjà à manger aux oiseaux de leurs jardins à toute période, je conseille, l'été, de réduire petit à petit la ration de nourriture distribuée dans la mangeoire. Bien sûr, certains vont dire que le fait de ne pas les nourrir l'été les éloigne, et ils ne vont pas revenir l'été suivant, mais pour cela quelques arbres fruitiers, ou arbustes (ou les graines distribuée en jardinerie) peut compenser les graines, à moindre cout, et fera donc plaisir à tout le monde!

Écrit par : vincent | 08/10/2008

Bonjour,

Je viens de faire deux constats intéressants :

Ayant eu une mangeoire renversée par le vent, je n'ai pas remis de graines pendant 2 jours pour que ce qui était tombé soit nettoyé de la table et des alentours.
Visiteurs habituels des mes restaurants ou des alentours : Charbo, bleue, MLQ, grosbec, merle, grives musiciennes, rougegorge, sittelle, verdiers, troglo et de temsp en temps un épervier ( un mâle pendant 4 ans, une femelle cette année chez mon amie).

Premier jour : nettoyage complet. Deuxième jour, erreur de ma part, je ne réalise pas qu'il ne reste rien et attend un jour de trop => plus personne. Mais une amie située à vol d'oiseau 200 m -avec nombre d'arbres entre - plus loin a récupéré très précisément tout le monde, y compris les 6 couples de pinson du nord qui avaient pris leurs habitudes ici. Elle a aussi hérité de l'épervier qui va avec !

Deuxième constat : toutes mes mangeoires sont pleines depuis 2 jours et je n'ai absolument aucun oiseau. Vide total : Même le troglo, le rougegorge, la sitelle et le couple de gros bec ont totalement disparus. Ils ont changé de crèmerie, point barre.

J'en déduit que -peut être à cause de la menace de l'épervier - tout ce petit monde se déplace en masse. Rester ou revenir seul ou avec seulement quelques copains, c'est prendre trop de risques. Ils fonctionnent exactement comme un banc de petits poissons.

Concernant l'étude, je trouve qu'elle est intéressante mais laisse un peu trop à désirer sur un plan méthodologique. Donc j'attends la suite.

Un grand merci en tous cas pour ce site riche et fiable.

Laurence

Écrit par : Laurence D. | 08/01/2011

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