02/05/2010

Le Moineau friquet en déclin au Japon

The decline in population of the Tree Sparrow Passer montanus in Japan.

Osamu K. Mikami     

Japanese Journal of Ornithology(2009) 58:161-170

 

Traduction du japonais à l’anglais : Fumio Taguchi

 Friquet badge japonais red

Badge japonais pour la campagne de protection du Moineau friquet

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Pour compléter des témoignages subjectifs laissant penser à une chute dramatique des effectifs de Moineau friquet au Japon, l’auteur a collecté les travaux scientifiques sur la question.[Rappelons que le Moineau friquet remplace le Moineau domestique dans les villes du sud-est asiatique Nd.T]

Données

Trois études signalent des chutes durant les années 90 ou avant dans les préfectures d’Akita, d’Okinawa et de Nara (mais sans données quantitatives).

Graphique friquet japonais 2

Un suivi des effectifs entre 1963 et 1998 à Tokyo (Uchida et al., 2003) montre une chute catastrophique (de 150 à 10-20 par comptage)




A Hokkaido, Fujimaki and Ichikita (2007) ont comparé 17 transects urbains effectués avant 2004 (en général pendant la 2ème moitié des années 1990) aux mêmes effectués en 2006. 14 ont chuté, deux ont augmenté et un seul est resté constant. Les auteurs estiment la chute à 50% entre les 2 périodes.

Un suivi des espèces d’oiseaux par le Ministère de l’Environnement permet de comparer la nidification de l’espèce par maille de 20 km. Entre 1974-78 et 1997-2002, le nombre de carrés où la nidification est certaine est passé de 545 à 398 (666 à 543 si on y ajoute les nidifications possibles). L’auteur considère que la taille des mailles sous-estime énormément le déclin.

Graphique friquet japonais 3

Le suivi des dégâts au riz (surface touchée ou production endommagée) montre aussi un déclin très net (-85%), surtout après 1998, qui ne s’explique pas seulement par la baisse des surfaces emblavées en riz (-20%)


....................................................Le nombre de Friquets capturés, pour protéger les cultures ou pour d’autres raisons dont la consommation, a aussi beaucoup baissé (-90% en 28 ans), ce qui ne s’explique pas seulement par la baisse du nombre de chasseurs (-50%).

Graphique friquet japonais 4

Discussion

- le nombre de Moineaux a-t-il réellement baissé ?

En plus des données qualitatives, les données quantitatives dans 2 régions différentes ( Tokyo et Hokkaïdo) ont montré une baisse des effectifs. De même les mesures indirectes ( dégâts et nombre d’individus tués) confirment le déclin.

- de quelle importance est le déclin ?

L’auteur considère que les effectifs actuels correspondent à 20 à 50% de ceux des années 1990 et 10% de ceux des années 1960.

La surface de cultures endommagées est passée de 52 à 7,3 milliers d’hectares entre 1990 et 2007, soit un déclin de  86% en 17 ans si seule est en cause le déclin du Moineau friquet ou 82% si d’autres causes interviennent. Pendant le même temps, la quantité de récoltes endommagées tombe de 18,4 à 1,7 milliers de tonnes, soit un déclin de 90% de déclin (ou 87% si une partie de la diminution vient de la réduction des surfaces cultivées en riz - chiffres révisés à - 81% et -77% si on considère que les chiffres de 1990 étaient exceptionnellement élevés).

Le nombre d’individus éliminés est passé de 1,2 millions en 1991 à 180 000 en 2005 soit un déclin de 85% en 14 ans ( ou 79% en tenant compte de la baisse du nombre de chasseurs).

Il est possible que ces chiffres soient surestimés : si on suppose que la protection des cultures ont vu son efficacité multipliée par trois et le nombre de chasseurs divisé par 3, il reste quand même une chute de 50 % de la population.

Pour la baisse entre 1960 et 1990, on peut remarquer que les chiffres sont rares mais la baisse doit exister, ne serait ce qu’en considérant le nombre de moineaux tués en 1982, 17 fois plus fort qu’en 2005.

- quelles sont les causes du déclin ?

L’impact de la chasse n’est pas déterminant car, si on considère que les effectifs seraient constants sans chasse, il faudrait que les chasseurs éliminent 10% de la population de moineaux chaque année, ce qui est invraisemblable.

Il y a donc un déclin « naturel » de la population (si on considère que la chasse élimine 1% des moineaux, le déclin « naturel » serait de 10% par an).

La maladie a été évoquée à Sapporo ( Kurozawa et al. 2006), mais il s’agissait d’un évènement brutal et on parle ici d’un déclin constant.

On cite la réduction des surfaces cultivées en riz et du nombre des cavités pour nicher, mais aussi l’augmentation du nombre de prédateurs (corvidés et rapaces) et la réduction des grains disponibles par l’automatisation des moyens de culture.

Comme en Europe, il est possible que les causes soient multiples.

-Le déclin met-il en péril l’espèce ?

Il existe encore des dizaines de millions de moineaux friquets au Japon. Cependant rien n’indique que la chute ait cessé et on n’en connait toujours pas les causes.

Il y a des exemples d’espèces qui ont connu des chutes brutales, spécialement à cause de l’effet Allee ( effet de seuil en dessous duquel une population s’effondre spontanément).

De plus, s’il est vrai que la chute a été de 90% en 20 ans, elle rentre dans les critères de la Liste rouge de l’UICN

-que peut-on faire ?

+ effectuer un suivi des populations de Moineaux friquet

+ évaluer sérieusement les dégâts et avantages de l’espèce sur les cultures, pour réévaluer les politiques d’élimination des moineaux

+ s’intéresser à d’autres espèces qui ne sont actuellement pas ou peu suivies et qui risquent de suivre la même voie que le friquet.

14:54 Écrit par Fr dans moineaux | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |