05/12/2010

La nourriture, facteur limitant pour le merle en ville

 

Does urbanization affect selective pressures and life-history strategies in the common blackbird (Turdus merula L.)?

 

JUAN DIEGO IBÁÑEZ-ÁLAMO and MANUEL SOLER

 

Biological Journal of the Linnean Society, 2010, 101, 759–766.

 

Quel est le facteur de pression de sélection qui est le plus fort en milieu urbain : la disponibilité de la nourriture ou la prédation au nid ?(Rq : l’article cite aussi la mortalité des adultes et parasitisme)

 Est ce que les espèces peuvent s'y adapter en ajustant leur stratégie de reproduction ?

On dit que la ville augmente la quantité de nourriture disponible, mais que sa qualité ne répond pas forcément aux besoins des oiseaux. Pour la prédation au nid des résultats contradictoires ont été trouvés en ville (plus ou moins importants qu'à la campagne).

Merle caniveau R-Lenoir fev05 red.jpg

 

La nourriture ne manque pas en ville...mais la qualité peut laisser à désirer !

 

L'hypothèse "nourriture" implique que la limitation de la nourriture fait baisser beaucoup de paramètres de reproduction mais augmenter la durée de séjour au nid. L'hypothèse "prédation" fait aussi baisser presque tous les paramètres retenus sauf le taux de croissance qui augmente et la production de jeunes volants par nichée réussie qui reste constante.

 

Paramètre                                               “Nourriture”                   “ Predation “

Taille de ponte                                                   -                                     -       

Production de jeunes                                         -                                     0 

Visites des parents (incubation)                       -                                     - 

Visites des parents (élevage)                            -                                      - 

Durée de l’élevage                                              +                                     - 

Taux de croissance                                              -                                      +

 

                        Effets prévus des 2 hypothèses sur divers parameters de reproduction

 

Trois populations de merles ont été étudiées à et autour de Grenade (parcs urbains, orangeraie et forêt) : on a mesuré journellement la prédation et la mortalité par faim des jeunes au nid.

 

Résultats :

- prédation : 0.08 en foret, 0.04 en zone rurale et 0.03 en ville (taux journalier)

- famine: pas de différence globale entre les 3 milieux mais une différence significative entre ville (17) et forêt (6)

Donc on peut dire que la prédation est plus importante en forêt et la limitation de la nourriture plus importante en ville.

 

- taille de ponte : 3.37 en foret, 3.09 en ville et 2.88 en orangeraie (diff non sign entre ville et orangeraie). On retrouve bien l'hypothèse "nourriture" : moins le milieu a de nourriture (plus forte famine), plus la taille de ponte diminue (alors que l'hypothèse prédation aurait donné une taille de ponte inférieure en forêt).

- nb d'œufs éclos et de jeunes envolés : pas de diff significatives ce qui ne correspond pas à la 2ème prédiction de l'hypothèse « nourriture » mais à celle de l'hypothèse « prédation ».

- visites des parents au nid : pendant l'incubation, diff entre ville (2.8/h) et forêt (1.15/h); de même pendant l'élevage (7.4 contre 2.75) ce qui correspond aux 3è et 4è hypothèses de la prédation et pas à celles de l'hypothèse nourriture

- taille des éléments apportés comme nourriture : pas de différence significative

- période d'incubation : pas de diff et période d'élevage : plus courte en forêt (10j) qu'en ville (11.89j). Ce qui correspond aux 5èmes prédictions des 2 hypothèses.

- masse corporelle à l'envol: diff sign entre ville (51,5g) et foret ( 55.7g)

- longueur du tarse : diff entre foret(32.5mm) et ville (31.3 mm) [dans les 2 cas l'orangeraie est supérieure aux 2 autres....]

- longueur de l'aile : pas de diff

Ce qui signifie un taux de croissance inférieur en ville, ce qui correspond aux 6èmes prédictions des 2 hypothèses

  

Merle déplumé éclairci.JPG

 Voilà ce que c'est de manger n'importe quoi !......;-)

 

Discussion

- femelle des bois investissent plus dans une ponte que les autres ( taille de ponte), ce qui ne se voit pas sur les envols (prédation particulière des grosses couvées ?) mais la prédation fait que 17% des nids produisent des jeunes, contre46 et 53% en milieu rural ou urbain (moins de prédateurs ?)

- nos résultats montrent que la pression de sélection principale est la quantité de nourriture disponible en ville et la prédation en forêt. L'ensemble des paramètres étudiés correspond bien à l'hypothèse " prédation" en forêt, sauf la taille de la ponte qui peut être influencée par la plus grande survie des merles en ville. En revanche les merles urbains semblent avoir répondu au changement de type de sélection.

Du point de vue méthodologique, il faut souligner que la seule prise en compte de la taille de ponte aurait amené à des conclusions erronées : il faut étudier l'ensemble des paramètres de reproduction.

 

16:02 Écrit par Fr dans urbanisation | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |