06/01/2011

Effet du nourrissage de printemps sur le reproduction des mésanges

Il y a 2 ans et demi je résumais un papier sur le pb du nourrissage :

Feeding birds in our towns and cities: a global research opportunity

Darryl N. Jones and S. James Reynolds

 J. Avian Biol. 39: 265_271, 2008 

dont le résumé est consultable en cliquant ici 

Ce papier concluait en disant qu'on connaissait mal les conséquences à long terme du nourrissage régulier des oiseaux.

Deux articles montrent effectivement que l'étude de ces conséquences peut apporter des surprises :

Does food supplementation really enhance productivityof breeding birds?

Timothy J. E. Harrison · Jennifer A. Smith ·Graham R. Martin · Dan E. Chamberlain ·Stuart Bearhop · Gillian N. Robb · S. James Reynolds

Oecologia (2010) 164:311–320

Mésanges bleues mangeoire mars 2010 red.jpg

Les auteurs étudient les conséquences sur la reproduction de mésanges bleues et charbonnières de forêts de feuillus(équipées de nichoirs) du centre de l'Angleterre sur 3 saisons (2006-2008).La nourriture a été fournie  de mi-mars à fin juillet avec un supplément à partir de mi-mai ( éclosion). Cette étude ne parle que de la première période ( mi-mars à mi-mai). 3 zones ont été étudiées chaque année : 2 avec nourrissage et une sans nourrissage, avec rotation des 3 zones chaque année.

Les auteurs ont trouvé que le nourrissage réduit la taille des nichées ( d'au moins d'un demi-poussin à l'éclosion), par réduction de la taille de ponte (0,4 œuf chez la M.bleue et 0,7 chez la charbonnière) et, chez la mésange bleue, la diminution du succès de l'éclosion (-1,4%). Plus classiquement , ils montrent aussi une ponte plus précoce ( de 2 jours chez la Mésange bleue et de 3 chez la charbonnière) et une durée de couvaison plus brève ( de manière variable selon les années chez la M.bleue et les 3 années chez la charbonnière)

L'avancement de la date de ponte peut être due à la facilitation de la constitution des réserves contenues dans les œufs. La réduction des tailles de ponte est peut-être due à la composition de la nourriture ("gâteau d'arachide" fait de saindoux et d'arachide) peu riche en protéine (ou en certains acides aminés indispensables). Une petite ponte permet une éclosion plus précoce ce qui semble avantageux par une meilleure adéquation avec le pic de chenilles, mais cela ne compense pas la perte de recrutement par rapport aux grandes couvées, d'autant plus qu'il n'y a pas eu de 2ème couvée chez la M.bleue et très peu chez la charbonnière. Ce n'est pas non plus la différence de densité qui explique la baisse de la fécondité : il n'y a pas de différence significative chez la M.bleue et elle est même plus faible dans les zones sans nourrissage chez la M. charbonnière ! De même, la taille de ponte diminue habituellement avec une ponte tardive, or le nourrissage rend les pontes plus précoces !

La réduction de la période de couvaison peut être due au fait que les femelles, mieux nourries avant la couvaison, ont moins besoin de temps passé à se nourrir, elles couveraient donc plus. La couvaison commence plus tôt par rapport à la ponte du dernier œuf , ce qui risque d'augmenter l'asynchronie des éclosions et en réduit le succès.

Cette expérience présente des similarités avec le mode de vie des mésanges urbaines : il y a souvent du nourrissage, elles pondent plus tôt et moins d'œufs. Mais il faut être prudent car il y a d'autres facteurs qui peuvent intervenir en ville ( température plus haute et qualité de la nourriture en particulier).

 

 

Wild bird feeding delays start of dawn singing in the great tit

Katja Saggese, Fränzi Korner-Nievergelt, Tore Slagsvold, Valentin Amrhein

Animal Behaviour in press(2010), doi:10.1016/j.anbehav.2010.11.008

 

Mes_bleue_poubelle_Tuileries_281210 rognée red.jpg

Le nourrissage d'hiver a montré qu'il provoquait dans la saison de reproduction suivante des pontes plus précoces et un meilleur succès d'envol, par exemple chez la M. bleue. Cependant,  les oiseaux en ville sont de plus en plus souvent nourris toute l'année. L'introduction de nourriture dans le territoire d'un nicheur peut avoir des conséquences sur son comportement en augmentant le nombre d'oiseaux attirés d'où une plus grande défense du territoire. Il a été aussi montré que le nourrissage des mâles augmente l'émission de chants pendant la journée.

L'étude porte sur le chant des mâles de M. charbonnière : d'habitude ils montrent au début du printemps un pic de chant un peu avant le lever du soleil. Un nourrissage pendant 1 à 5 jours provoque un chant plus matinal et plus important chez le merle, le zosterops et la mésange à tête noire (chickadee).

L'étude a été menée dans une zone équipée de nichoirs de 1,6km² des alentours d'Oslo (Norvège) du 7 mars au 30 avril 2007. Elle a permis de suivre 28 mâles bagués couleur (14 avec nourrissage et 14 sans ). Chaque mâle était observé 3 fois avec 16-17 jours entre les observations : la première vague d'observation (7-27/3) servait de témoin sans nourrissage. Aussitôt après commençait le nourrissage pour la moitié des mâles jusqu'à la 2ème observation (24/3- 13/4 soit de 33 à 8 jours avant la ponte du 1er œuf) à la suite de laquelle était retirée la mangeoire. 17 jours plus tard avait lieu la 3ème observation (10-30/4). Chaque mâle nourri était observé le même jour qu'un mâle non nourri et une mangeoire vide était posée dans le territoire de celui-ci.

L'heure du 1er chant était notée et la production était mesurée par l'addition des durées des différentes strophes chantées entre 1h avant et 1 h après le lever du soleil.

Les différences de date et de taille de ponte entre couples nourris et non-nourris n'étaient pas significatives.  Les mâles de l'année chantaient moins que les adultes.

Les mâles nourris chantaient significativement plus tard que les autres, avec plus de 20mn de différence : 36% ne commençaient qu'après le lever du soleil contre 10% des autres. L'effet perdurait lors de la 3ème session d'observation (environ 15mn de décalage), après 17 jours sans nourrissage. Il n'y avait pas de différence significative de production totale de chant entre mâles nourris et non-nourris.

Ce retard n’est pas dû au fait que les oiseaux pouvaient se nourrir à la mangeoire plus tôt que dans la nature : aucune mésange n'a été vue le faire avant le lever du soleil. Peut-être que cette énergie plus facilement disponible permettait aux mésanges d'attaquer les intrus  au lieu de les intimider par le chant. Il est possible aussi que la concentration d'oiseaux attirés par la mangeoire attire aussi les prédateurs (épervier et chevêchette) et qu'il est plus prudent d'attendre avant de chanter, mais cela n'explique pas l'effet à long terme.

La présence de mangeoire peut attirer des femelles qui risquent des copulations hors couple, ce qui peut occuper le mâle "titulaire" du territoire au lieu de chanter et cela lui évite aussi de chanter pour retenir "sa" propre femelle, moins tentée d'aller ailleurs. Inversement, le nourrissage peut réduire les performances du mâle si les femelles fondent leur choix extraconjugal sur la vigueur du chant matinal.

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